« L’Esprit Saint m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres ». L’évangile de ce dimanche nous donne la feuille de route de la mission du Christ : porter aux pauvres la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu, son Père. Or cette feuille de route a inspiré un jeune prêtre de notre diocèse d’Aix, né sur le cours Mirabeau, qui l’a choisie comme devise pour la communauté des missionnaires de Provence qu’il a fondée : « Les pauvres sont évangélisés ». Le hasard du calendrier liturgique fait bien les choses en nous offrant cette devise empruntée à l’évangile de Luc que nous avons proclamé aujourd’hui avec toute l’Eglise. En ce jour où nous fêtons les 200 ans de la fondation de la communauté des missionnaires de Provence, devenue plus tard la congrégation des Oblats de Marie Immaculée, je vous parlerai donc d’évangélisation.

Avec les papes Jean-Paul II, Benoît XVI et François, nous parlons aujourd’hui de nouvelle évangélisation. A la synagogue de Nazareth, le Christ nous en donne le programme :

  • Annoncer l’Evangile aux pauvres, un Evangile de libération aux captifs et aux opprimés, un Evangile de lumière aux aveugles.
  • Annoncer une année favorable offerte par Dieu lui-même.

Evangélisation, nouvelle évangélisation, saint Eugène de Mazenod est ici l’un de nos maîtres. C’est à lui que je demanderai de commenter cette double annonce de la Bonne Nouvelle aux pauvres et d’une année favorable accordée par le Seigneur.

 

  • Annoncer l’Evangile aux pauvres

Comment Eugène, ce fils de riche qui aimait l’argent et le luxe – il avait fait le vœu de se marier à une femme qui avait de l’argent ! – comment a t’il pu choisir cette orientation fondamentale de sa vie : aller porter l’Evangile aux pauvres ? Il vous répondrait : « Parce que le Christ lui-même m’a appelé ». Le Christ l’a appelé, un peu à la manière de l’apôtre Paul, en lui fixant les yeux sur la Croix, un certain vendredi saint, à l’église de la Madeleine, en 1808. C’est que saint Eugène, derrière son air supérieur, son désir de plaire aux yeux du monde, cachait une pauvreté, une blessure. Parce qu’il était pauvre lui-même, il a pu accueillir l’Evangile et vivre une vraie rencontre du Christ. Parce qu’il était pauvre, le Christ est allé à lui. Ce fut pour saint Eugène de Mazenod une nouvelle évangélisation. Il était baptisé, catholique de tradition, il allait à la messe, mais il n’avait pas vécu une véritable rencontre du Christ, le message chrétien était resté en surface, il n’était descendu au fond de son âme pour le convertir et changer sa vie. Et voilà que devant la Croix, il a reconnu sa pauvreté et le Christ l’a saisi.

Et Eugène de Mazenod s’est laissé conduire vers les pauvres.

Les prisonniers d’abord, avec l’œuvre des prisons fondée deux siècles avant lui, œuvre toujours vivante aujourd’hui à Aix-en-Provence.

Les jeunes désoeuvrés ensuite, devant le palais de justice, avec lesquels il fondera l’Association de la Jeunesse chrétienne, en avril 1813.

Il fondera aussi une œuvre pour les ramoneurs, une œuvre pour les jeunes soldats… Un charisme de fondateur – c’est sûrement pour cela que le Christ l’a appelé ! Tout entier animé par cette passion de l’Evangile, passion qui lui a donné de renouveler en profondeur l’évangélisation en allant vers les plus pauvres. Je cite : « Venez, vous les pauvres. Comme je voudrais faire entendre ma voix dans les parties les plus lointaines du monde pour vous appeler tous. Je vais commencer par vous apprendre ce que vous êtes, quelle est votre origine, quelle est votre dignité, quels sont vos droits. Pauvres de Jésus-Christ, affligés, malheureux, souffrants, infirmes, malades, vous tous que la misère accable, vous que le monde rejette, vous, mes frères, mes chers frères, mes respectables frères, écoutez-moi. Vous êtes les enfants de Dieu. Vous êtes les frères de Jésus-Christ. Vous êtes les héritiers de son royaume, vous êtes ceux qu’il a choisis et qu’il préfère » (sermon à l’église de la Madeleine à Aix, le mercredi des Cendres, mars 1813).

Voilà la feuille de route de la nouvelle évangélisation. Le pape François signerait, lui qui aspire à « une Eglise pauvre pour les pauvres ».

 

  • Annoncer une année favorable accordée par le Seigneur.

Une année de faveurs, de bienfaits, de miséricorde, de pardon, de réconciliation.

Dans « La Joie de l’Evangile », le pape François avait invité tous les catholiques du monde à une conversion missionnaire, pour qu’ils deviennent des disciples-missionnaires. Pas seulement disciples de Jésus, mais disciples-missionnaires. Car il n’existe pas de disciples qui ne soient en même temps missionnaires. Un disciple qui n’est pas missionnaire n’est pas un vrai disciple. Dans un texte d’Eugène de Mazenod, une chose m’a marqué. Il s’agit de la lettre qu’il écrit aux vicaires généraux capitulaires pour demander l’autorisation de fonder une communauté avec des prêtres du diocèse ; il écrit qu’en portant l’Evangile aux pauvres, le Christ a donné la preuve qu’il était le Fils de Dieu. Le pape François le rejoint : de la même façon que Jésus prouva qu’il était l’envoyé du Père en portant aux pauvres l’Evangile de l’amour de Dieu, de la même façon le disciple, en étant missionnaire, donnera au Christ la preuve qu’il est un authentique disciple.

Après « La Joie de l’Evangile », le pape François annonce une année sainte de la miséricorde. Une année favorable. Il partage sa conviction que l’accueil de la divine miséricorde est une nécessité, un préalable avant tout renouveau missionnaire. Ici encore l’expérience missionnaire de saint Eugène de Mazenod mérite d’être rappelée.

Tout d’abord, la règle de sa communauté pose une exigence pour les missionnaires : entre chaque mission, ils se retrouvaient pour un temps de vie fraternelle, de prière et de partage, de réconciliation et de pardon mutuel.

Ensuite la confession. Les missionnaires transportaient avec eux 4 confessionnaux portables. Eugène raconte dans son journal sa mission à Grans : « Personne ne faisait ses pâques… bientôt on aurait pu fermer l’église, tant elle était peu fréquentée… Tout changea la première semaine ;  dès 3 heures du matin, les pénitents assiégeaient les confessionnaux… Nous y sommes restés jusqu’à 28 heures de suite ».

Enfin le bureau de réconciliation. La Révolution avait produit de la haine dans les villages. La mission était une sorte de mini jubilé de la miséricorde. Eugène prêchait la réconciliation : « Il n’est pas possible de vivre ensemble en paroisse si on n’est pas réconcilié ». On proposait à ceux qui se haïssaient de venir sous la croix, devant l’autel, et parler, le missionnaire étant seul témoin.

Pas de mission féconde sans réconciliation. Le pape François nous le redit. Après nous avoir appelés à être disciples-missionnaires, il nous appelle à nous réconcilier en accueillant le don qui est au-dessus de tout don, le pardon, dont la source est la divine miséricorde.

« C’est le moment » dit le pape François, à la manière des prophètes. C’est le moment pour deux raisons. Un : comme s’il pressentait une catastrophe en voyant la violence qui gangrène le monde, il affirme sa conviction chrétienne que seule la divine miséricorde peut guérir l’humanité de son mal. Deux : c’est le moment « afin que le témoignage rendu par les croyants soit plus fort et plus efficace ».

Par l’intercession de saint Eugène de Mazenod, demandons la grâce de nous reconnaître pauvres, d’accueillir la divine miséricorde et d’en être les témoins, pour que la Bonne Nouvelle soit annoncée aux pauvres. AMEN.

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