« Revenez à moi de tout votre cœur », dit le Seigneur par la bouche du prophète Joël. Le carême est le temps d’un retour à Dieu. Et le prophète ajoute : « dans le jeûne, les larmes et le deuil ». Le carême est un travail.

Le carême est le temps d’un retour à Dieu

Revenez à moi, dit Dieu. Mais qui est-il ce Dieu qui nous appelle à revenir à lui ?

Je voudrais vous apporter ici le témoignage d’une catéchumène adulte qui sera baptisée à Pâques. Son père est musulman, sa mère est chrétienne. Je devrais dire d’origine musulmane et d’origine chrétienne car ni l’un ni l’autre n’ont réellement une vie religieuse. Mais ils sont tous deux marqués par leur tradition. La jeune catéchumène me raconte que son père lui disait toujours : « Dieu va te punir ». De son côté sa mère lui parlait d’un Dieu qui aime. Elle a fait son choix, elle a découvert le Dieu qui est Amour et elle demande à devenir chrétienne par le baptême.

Ce Dieu qui nous appelle à revenir à lui, il est Amour. Et pourtant nous lisons dans la Bible que Dieu est juge et qu’il se met en colère. Le mal le met en colère. Mais comment Dieu peut-il se mettre en colère s’il est Amour ? J’entends souvent cette question. Essayons de comprendre : pour faire notre éducation, Dieu nous a donné une loi. Si tu agis ainsi, si tu obéis à mes commandements, tu seras heureux, tu vivras. Choisis : le bonheur ou le malheur, ce qui conduit à la vie ou ce qui conduit à la mort. Reconnaissons-le, bien souvent nous faisons ce qui est mal, nous désobéissons, nous nous écartons de Dieu ; nous méritons alors sa colère qui nous provoque à nous convertir, nous retourner vers lui et changer de comportement.

Mais Dieu est lent à la colère, dit le prophète. « Il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour, renonçant au châtiment ». C’est ainsi qu’il se révèle à Moïse (Exode 34,6-7). Dieu nous cherche, comme le berger à la recherche de la brebis perdue. Dieu nous attend, comme le père du fils prodigue. Revenir à Dieu, c’est aller à sa rencontre, c’est le laisser venir à nous, se laisser aimer par lui. « Laissez-vous réconcilier avec Dieu » dit l’apôtre Paul aux chrétiens de Corinthe.

Le Carême est le temps du retour à Dieu. Je vous invite à rechercher dans les larmes et un vrai repentir ce qui dans vos vies met Dieu en colère, ce qui n’est pas ajusté à son amour. Je vous invite à lui demander pardon dans le sacrement de réconciliation.

 

Le carême est un travail

L’évangile de ce jour nous rappelle les trois moyens traditionnels de la conversion : l’aumône, la prière et le jeûne. En cette année de la miséricorde, le pape François nous exhorte aux sept œuvres corporelles et aux sept œuvres spirituelles de la miséricorde. Pour ma part, je vous inviterai ce soir à prendre soin de votre âme.

C’est un récent voyage en Inde qui m’a renforcé dans ma conviction qu’un travail sur notre âme est essentiel. Je suis rentré hier d’un court séjour de cinq jours dans le Kerala où j’étais invité par l’évêque de Palai, Mgr Joseph, l’évêque des trois prêtres indiens fidei donum en mission dans notre diocèse d’Aix et Arles. Tout au long de ces cinq jours, émerveillé de tout ce qui m’était donné à voir, je repensais au témoignage d’un jeune français d’Aix-en-Provence qui avait sillonné l’Inde pendant deux mois le sac sur le dos. « Quand je suis revenu en France, j’ai eu l’impression de revenir dans un pays dans le coma » disait-il. Je n’en dirai pas autant après mon trop court séjour, mais je me dis : « Qu’est-ce qui a fait que j’étais tellement heureux pendant ce voyage ? ». Je n’ai vu qu’un tout petit bout de cette immense nation de plus d’un milliard d’âmes. J’ai pris de grand bain de foules, dans plusieurs paroisses. Qu’est-ce qui fait que j’ai été tellement heureux ? J’ai la réponse : « Ces gens ont une âme, une belle âme. Une âme joyeuse, une âme généreuse, une âme simple et spontanée, une âme branchée sur Dieu ». Oui, ces gens ont une âme, une âme éduquée, vivifiée par la foi chrétienne, une foi vivante, une foi nourrie, bien nourrie. En France, nous avons perdu notre âme, notre âme chrétienne, enracinée dans l’Evangile et la tradition catholique.

Je vous propose pour ce carême de prendre soin de votre âme.

Le médecin Jésus nous donne l’ordonnance : l’aumône, la prière et le jeûne. Je vous invite à :

  • Mettre de l’ordre dans votre vie par quelques petites décisions très simples qui vous fera renoncer à ce qui fait mal à votre âme, des habitudes nuisibles.
  • Aller vers les autres, tous les autres, généreusement, avec simplicité, sans masque ni préjugés, sans mettre des étiquettes, joyeusement. Notre âme a tant besoin de ces relations vraies, dans l’estime, le respect et la charité.
  • Prier, vivre la joie de la rencontre du Christ jusqu’à ce que notre âme en soit habitée tout au long des jours.

Jésus est le remède en personne, il est la divine miséricorde, et la miséricorde guérit l’âme.  Le carême de cette année sainte est un temps pour accueillir la miséricorde et nous laisser guérir par elle.

Et l’Eglise est un hôpital de campagne. Le carême de cette année sainte est un temps pour offrir la miséricorde.

Tout au long de ce carême, laissons chanter en nos cœurs la prière de sœur Faustine : « Jésus, j’ai confiance en toi ». AMEN.

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