PORTRAIT

Des pochettes serrées, bien disposées sur quelques étagères en bois, un local professionnel dans l’ombre d’un rez-de-chaussée. Le temps et l’espace, chez Jean-Mathieu, débordent de tous côtés tant le quotidien file, vite, très vite. Et pourtant ses priorités ne sont pas celles si souvent décrites dans la vie d’un entrepreneur à la tête d’un business créé ex nihilo, une petite dizaine d’années en arrière. Dans le plein de sa journée, Jean-Mathieu ouvre son agenda. Il donne du temps, se donne du temps : « IL m’a tout donné, j’peux lui en donner maintenant ! »

Disciples-Missionnaires

Pour accentuer ses convictions, Jean-Mathieu va droit au but, dans le vif de son témoignage. Un tableau de Sainte Faustine sur un pan d’église, l’invitation prise en pleine volée avec ces mots mis en légende et désormais à l’œuvre dans sa vie : « J’ai confiance en toi ». Ces mots descendent littéralement, un dimanche, au profond de lui-même. Et pour les fouetter, enchassée dans une rosace, une seconde invitation comme une piqûre de rappel : « Dieu seul ».

« Et bien moi, j’vais t’en filer du temps ! » se dit  Jean-Mathieu. L’accélération est comme une évidence. Il bouscule son agenda, se laisse bousculer. Jean-Mathieu ouvre sa vie, sort sa tête littéralement plombée d’inquiétudes par la conduite de son business. « J’ai pas d’temps, vraiment pas …  J’vais quand même t’en libérer ». Dans l’entretien, les syllabes se bousculent, les mots se raccourcissent, Jean-Mathieu insuffle tant d’énergie  à son témoignage. Et cette oralité rapide est une coquetterie de langage bien volontaire pour animer cette familiarité qui le porte depuis cinq ans, en chemin avec le Christ.

Ce pacte est à l’œuvre, sa vie familiale et professionnelle embarquée dans ce nouveau départ. Le samedi matin, au catéchisme, le jeudi matin dédié à sa formation théologique, il est en duo, trio dans des unités d’évangélisation missionnaire, en journée pour se pauser dans le rythme des oraisons et dans celui de l’eucharistie. « C’est pas tant ce qu’j fais, qui compte, c’est comment j’ai été transformé moi d’abord, dans mon intériorité, comment je suis désormais avec l’autre. » Et l’autre, c’est aussi bien ses enfants, sa femme, ses amis que l’imprévu sur sa route personnelle et professionnelle.

« TU as besoin de moi pour les autres »

Une rencontre, plein de rencontres. Quelle force ce lien multiplicateur au cœur d’une vie accompagnée par le Christ ! Et celui-ci porte le visage, plein de visages de toutes ces rencontres mises dans les pas de Jean-Mathieu. Des visages qui ne se laissent pas reconnaître spontanément.  Ceux par exemple au travail qui portent l’opiniâtreté et parfois la ruse pour conclure des contrats avec lesquels Jean-Mathieu négocie à présent en confiance, en transparence, heureux de pouvoir à l’occasion témoigner de sa vie transformée.

Celui aussi qu’il décrit longuement et dont il épèle le prénom avec affection, Claude. Claude, avec lequel il a parcouru les trottoirs de la Ville d’Aix pour annoncer la parole du Christ, en tandem unis dans leurs différences. Jean-Mathieu, lui le chef d’entreprise, une petite cinquantaine, ancien cadre d’un grand groupe, bien inséré, éduqué dans une famille catholique. Claude, 70 ans dont plusieurs cabossés, électron libre dans une vie si peu accrochée. A deux, une paire bancale, improbable, regardée avec circonspection au début par Jean-Mathieu, pour ce service de mission de rue lancée, à Aix par la paroisse Notre-Dame de l’Arc.  « Moi, avec ce type ? Avec cette gueule de Mohican ? ». Deux ans après, Jean-Mathieu est convaincu. « Claude m’a transformé. Le Christ se fait homme, en chacun de nous, dans le gué de nos différences. Aimable ou épineux, dans le visage de l’autre, vit incarné celui du Christ ».

Les mots sonnent fort, Jean-Mathieu donne du timbre à son témoignage. Et de la voix pour librement, simplement accueillir ou saluer, en compagnie de Claude, les autostoppeurs nouvelle génération qui transitent au rond point de l’Arc pour sauter d’une voiture Blablacar, le site de covoiturage. Des jeunes surtout. Des prénoms et des silhouettes confiés dans sa prière quotidienne, car « le Christ, tu le vois mieux avec des visages et ce que tu fais pour MOI, tu le fais aussi pour les autres ». Comme une évidence. L’entrepreneur, rappelé à son quotidien par la sonnerie de son portable, revient à son ordinaire. Un quotidien toujours bien encombré de dossiers, contrats et engagements. Mais dans lequel la force tranquille du temps au temps, l’attente confiante de la rencontre et l’engagement de baptisé sont premiers. Sans faire de vagues, sans coup de projecteur. Avec cette lumière de missionnaire, celle tamisée du vitrail qui, un dimanche, l’interpellait : « et si tu M’donnais un peu de temps ! ».

Bénédicte du Peloux

Comments
  • Marie Hélène nguyen
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    je connais peu Jean Mathieu ,alors j’ai lu avec un grand intéret sa belle histoire avec Dieu et la Foi. cela m’a beaucoup touché!

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