Homélie de Mgr Christophe DUFOUR, à l’occasion de l’ordination au diaconat permanent.

 

Ordination diaconale à la cathédrale d’Aix-en-Provence

Joël CLOAREC, Stéphane DELERCE, Bruno DUHAIL, Jessy ZAGARI

Dimanche 11 février 2018

6ème dimanche ordinaire année C

 

Jésus fut saisi de compassion. Quel magnifique cadeau pour cette célébration de l’ordination de 4 nouveaux diacres pour notre diocèse d’Aix-en-Provence et Arles ! Nous voici invités à nous laisser saisir nous aussi par la compassion. Nous aimons Jésus, nous avons choisi de vivre notre vie unis à lui, et nous voulons l’imiter par toutes nos paroles et nos actes. Alors ce récit de l’évangile de Marc nous bouleverse.

Contemplons cette scène de la rencontre du lépreux avec Jésus.

Le récit de Marc est sobre, mais nous pouvons imaginer le scandale que provoque cette rencontre. La loi obligeait le lépreux à habiter hors de la ville, on dirait aujourd’hui aux périphéries, dans un statut d’exclu. Il a les vêtements déchirés, les cheveux en désordre, et il a le visage presque entièrement voilé ; c’est ainsi que la loi l’obligeait à vivre. Il est couvert de lèpre et il crie « Impur ! Impur ! » Or voilà que le lépreux fait fi de la loi, il vient auprès de Jésus. Le récit est sobre. Il fallait bien que l’homme soit un prophète comme Elisée pour se laisser approcher par un lépreux.

Regardons les trois attitudes de Jésus :

  • Jésus est pris de compassion : nous reconnaissons en lui le visage de Dieu. Nous contemplons le sacré cœur de Jésus, qui se révèlera dans toute sa lumière sur la Croix lorsqu’il pardonnera à ses bourreaux et recevra le coup de lance d’où jailliront le sang et l’eau de la divine miséricorde.
  • Jésus le touche : il brise une frontière. En touchant touche l’homme blessé, rejeté, impur, il le rétablit dans sa dignité et abolit la frontière entre les humains. … Nous reconnaissons Dieu qui vient à nous, qui s’humilie et s’abaisse jusqu’à nous pour nous réconcilier.
  • Jésus étend la main et parle. Un geste, une parole. Toujours la parole est associée à un geste. La parole agit, la parole de Jésus est efficace, elle fait ce qu’elle dit. Nous reconnaissons le Créateur qui vient inaugurer une nouvelle création.

Contemplons maintenant le lépreux.

  • Le lépreux prie avec foi : « Si tu le veux, tu peux me guérir ». Merveilleux acte de foi, semblable à celui de Marie. Qu’il me soit fait selon ta volonté, qu’il me soit fait selon ta parole.
  • Le lépreux est purifié, il est guéri. Il expérimente l’efficacité de la Parole du Christ Vivant, il fait l’expérience d’être sauvé.
  • Il proclame sa foi, il témoigne de tout ce que sa rencontre avec Jésus a transformé dans sa vie. Il est devenu missionnaire.

Chrétiens, nous voulons nous unir à Jésus, nous choisissons de l’imiter. À quoi nous appelle-t-il ? À quoi appelle-t-il l’Église que nous sommes, ici et maintenant en Provence ? Pour répondre à cette question, je m’inspire de la lettre du pape François «  La Joie de l’Évangile ». Paragraphes 262 et suivants : « Motivations pour une impulsion missionnaire renouvelée ». Quatre motivations :

  • La rencontre avec l’amour de Jésus qui nous sauve. Comme le lépreux, aller auprès de lui, le prier. « Nous avons besoin de l’implorer chaque jour, de demander sa grâce pour qu’il ouvre notre cœur froid et qu’il secoue notre vie tiède et superficielle » (EG 264). « Le véritable missionnaire… sait que Jésus marche avec lui, parle avec lui, respire avec lui, travaille avec lui. Il ressent Jésus vivant avec lui » (EG 266).
  • Le plaisir spirituel d’être un peuple. Etre des hommes et des femmes du peuple. « Jésus veut que nous touchions la misère humaine, la chair souffrante des autres » (EG 270). « Quand nous vivons la mystique de nous approcher des autres afin de rechercher leur bien, nous dilatons notre être intérieur » (EG 272).
  • La foi en la Résurrection. Pour le disciple de Jésus, il n’y a pas de fatalité. « Si nous pensons que les choses ne vont pas changer, souvenons-nous que Jésus-Christ a vaincu le péché et la mort » (EG 275). « Sa résurrection… a une force de vie qui a pénétré le monde… Tout évangélisateur est un instrument de ce dynamisme » (EG 276).
  • L’intercession : une « force missionnaire ».

 

Chers amis qui allez être ordonnés diacres, comment vivrez-vous la mission particulière qui vous est confiée par l’Église ? Comme tous les baptisés, vous vivrez unis à Jésus et vous n’aurez qu’un seul désir : l’imiter pour le donner. Comment le donnerez-vous ?

Par le service, l’humble service, au sein de l’Église et au cœur du monde. Vos mains ne recevront pas l’onction d’huile sainte comme les prêtres le jour de leur ordination sacerdotale. Elles n’en seront pas moins les mains du serviteur, les mains du Christ Serviteur qui s’étendent sur le lépreux en signe de compassion. Si le concile Vatican II a redécouvert le diaconat permanent, ce n’est pas pour parer au manque de prêtres, mais pour que l’Église soit en état permanent de mission. Mission de service au cœur du monde. Ne soyez pas des diacres de sacristie. Demeurez sur le seuil. Veillez à ce que l’assemblée dominicale soit accueillante et fraternelle, « une mère au cœur ouvert », afin que le lépreux puisse trouver le chemin qui conduit à Jésus et soit un frère pour tous. Tournez l’Église vers le service. Que nous soyons tous saisis de compassion pour l’homme qui a faim, qui est malade, qui est en prison, qui est exclu, étranger, blessé, abîmé par les épreuves de la vie… Soyez les humbles serviteurs du Christ. AMEN.

 

 

 

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