« Le scoutisme développe l’ensemble de la personnalité »

Le 2 mai, les Guides et Scouts d’Europe du pays d’Aix ont fêté les 50 ans de leur existence, à l’occasion d’une messe dans la ville de Venelles. 1500 jeunes font du scoutisme sur le territoire diocésain d’Aix et Arles : des scouts et guides de France, d’Europe, des Scouts et Guides Unitaires de France. Quel est l’apport du scoutisme dans l’éducation des jeunes ? C’est la question posée cette semaine dans parole d’évêque.

« Sur mon honneur, je promets de faire tous mes efforts pour : Remplir mes devoirs envers Dieu et envers le Roi, aider mon prochain en toutes circonstances et observer la Loi Scoute ». Cette phrase est la promesse scoute rédigée par le fondateur du scoutisme, l’anglais Baden Powell, en 1908. En fonction des mouvements scouts qui se sont créé depuis, cette phrase a un petit peu évolué.  Le scoutisme est désormais mondial, on compte plus de 40 millions de scouts dans le monde, dans toutes les religions et tous les pays. Pour en parler nous accueillons Monseigneur Christophe Dufour, évêque du diocèse d’Aix et Arles. Monseigneur, vous avez été aumônier scout entre 1985 et 1993. Mais avez-vous été scout quand vous étiez petit, ou à l’adolescence ?

J’ai été louveteau pendant un an, je me souviens même du camp. Après j’ai choisi de jouer au football. J’ai été footballeur pendant une dizaine d’années. On m’a rattrapé quand j’ai passé le bac. Après le bac, des amis sont venus me chercher pour être chef scout. Je l’ai été pendant une année et deux étés. Après cela je suis rentré au séminaire. Ma mission dans le scoutisme s’est donc arrêtée. Quand je suis arrivé à Dunkerque comme prêtre, on m’a sollicité pour les rassemblements scouts. Surtout, quand je suis devenu aumônier d’étudiants, on est venu me chercher, à Lille en 1981, pour accompagner l’équipe régionale pionnier [des Scouts et Guides de France, NDLR]. J’en garde un souvenir extraordinaire. Je leur ai dit « vous avez droit à une semaine par an ». J’ai mis le petit doigt. Je faisais chaque année un stage de formation avec les jeunes chefs et cheftaines. Et après cela, il y a eu deux [sessions par an, NDLR]. Ensuite on a organisé un camp régional en Terre Sainte. Je devais être fiché à Paris, car on m’a demandé d’être aumônier général. J’ai refusé. Pour être aumônier général adjoint, j’ai accepté ; aumônier national de la branche Compagnons. J’étais dans cette double mission, à mi-temps pendant huit ans. Et j’en garde un souvenir absolument extraordinaire.

Quand vous avez découvert le scoutisme, par quoi avez-vous été marqué ?

J’ai découvert le scoutisme par la formation, c’est-à-dire je l’ai découvert dans ce qu’il a de plus fort, le cœur du scoutisme, pas seulement ses apparences extérieures, le dynamisme qui porte ce mouvement. Aujourd’hui en France, le scoutisme progresse chaque année de 1 ou 2%. Sur les 200 000 scouts et guides, peut-être plus, 80 ou 85% appartiennent à des associations catholiques : les Scouts et Guides Unitaires de France (SUF), Les Scouts et Guides de France (SGDF), les Scouts et Guides d’Europe (AGSE). C’est donc le signe qu’il y a quelque chose dans ces temps de morosité. Je rappelle que les chefs sont bénévoles. Il n’y a absolument aucun salarié, si ce n’est au niveau national et parfois au niveau régional, et encore c’est exceptionnel. C’est un mouvement qui tient par la force du bénévolat et donc par le cœur qui anime cette inspiration de Baden Powell.

Ce que je retiens, c’est premièrement le développement personnel ; deuxièmement, on leur apprend à être des citoyens utiles, actifs et heureux, à s’engager dans la cité. On voit beaucoup de scouts à tous les niveaux. Peut-être le président de la république a-t-il été scout, je ne sais pas. Il y en a certainement au XXème siècle, également parmi les maires, les chefs d’entreprise, les prêtres et même les évêques.

Vous avez parlé de développement personnel. Beaucoup de mouvements proposent le développement personnel. Quelle est la particularité du scoutisme ?

 D’abord, la particularité du scoutisme, c’est que tout est un jeu, mais pas comme un Monopoly. C‘est un jeu éducatif, qui fait grandir la personne. Le scoutisme est totalement un jeu. En entrant dans le scoutisme, on entre dans un grand jeu. Il y a 5 buts éducatifs précis : le développement du caractère, le développement de la santé, développement de la créativité, le développement du sens des autres et du service, et le développement spirituel pour le bonheur. Donc la relation à soi, au monde, aux autres, à Dieu. On développe tout l’ensemble de la personnalité.

Sur le territoire d’Aix et Arles, il y a environ 1500 scouts. Comment expliquez-vous  ce succès ?

Il y a certainement aussi dans le scoutisme la société scoute, la famille scoute. On entre en scoutisme comme on entre en religion. Il y a des rites initiatiques, il y a un apprentissage, il y a une société avec des codes, des rites qui créent une force extraordinaire de relation. Tout cela dans le but éducatif.

Il y a une progression personnelle qui est marquée par des rites qui se vivent en communauté, en collectivité. Ne serait-ce que la tenue scoute, qui donne une identité. Ils sont très fiers de leur tenue scoute. On les voit déambuler dans toutes les circonstances avec leur tenue, et ils se tiennent bien d’ailleurs.

Ça veut dire que lorsqu’on est jeune, on a besoin d’une appartenance forte pour se développer ?

On a besoin d’une appartenance à une communauté pour se développer, comme de la famille. Je pense que la grande force du scoutisme, c’est l’équipe. Il y a à la fois la grande communauté et l’équipe. L’équipe, c’est toujours 6 personnes : la sizaine chez les louveteaux, la patrouille chez les scouts. À l’intérieur de cette petite équipe, chacun a une responsabilité. Le plus petit louveteau a une responsabilité. On les rend responsables par exemple d’un budget. C’est vraiment un mouvement éducatif. Les parents voient souvent le résultat : quand les jeunes reviennent d’un week-end, d’un cap, ils sont rayonnants, épuisés mais rayonnants.

Quels sont les bienfaits du scoutisme dans l’éducation chrétienne ?

Dans l’éducation chrétienne, la force du scoutisme, c’est que la foi est vécue dans la vie quotidienne. On a le réflexe, quand on se lève, de commencer la journée par un temps « spi »., comme ils disent. Le repas commence par un bénédicité. Toutes les journées se terminent par une prière du soir. On chante dans la nuit, on prie, on se recueille. La messe chez les scouts, c’est formidable, car ils créent eux-mêmes leur autel, ils fabriquent eux-mêmes la croix. Voilà la créativité, le développement de l’habileté manuelle.

Que peut apporter le scoutisme que n’apporterait pas l’éducation chrétienne donnée par les parents ?

Essentiellement, le témoignage qu’ils se donnent les uns aux autres. Ce n’est plus la foi des parents, c’est la nôtre, et on la vit, on la vit autrement.

Le scoutisme attire, [demeure, NDLR], y compris dans les associations catholiques, des jeunes qui ne sont pas baptisés. On doit veiller à ce que cette dimension chrétienne. Pour ceux-là, le scoutisme est un petit peu missionnaire car il fait découvrir la dimension chrétienne, la dimension religieuse.

Dieu n’est pas le monopole des Chrétiens, mais il est commun à tous les scouts. C’est inscrit dans la loi scoute. Il y a les scouts musulmans, juifs, protestants, les éclaireurs unionistes de France. Chacun peut progresser dans sa foi. Par contre, il y a la pratique chrétienne qui se vit [dans les mouvements chrétiens , NDLR], donc s’il y a un jeune musulman ou un jeune juif dans un groupe catholique, et bien on l’aidera à être meilleur musulman, à être meilleur israélite.

Les bienfaits du scoutisme sont-ils durables ? Qu’apporte le scoutisme aux personnes une fois devenues adulte ? Notamment dans leur foi ?

Oh que oui ! Scout un jour, scout toujours ! Cela laisse des traces, on reconnait un scout, on le flaire, il a un parfum particulier. Dans son troupeau, l’évêque reconnait l’odeur des brebis scoutes. Peut-être parce que j’en ai été, je suis imprégné de cette odeur.

Il y a aussi une autre chose sur laquelle j’insiste beaucoup. Je me souviens d’avoir été accueilli, pour la visite pastorale dans le doyenné de Salon-de-Provence, par la pastorale des jeunes. Donc a fait une marche, et les scouts se sont ennuyés dans cette marche. Pourquoi ? Parce qu’ils n’ont pas eu de responsabilité. Ce n’était pas eux qui faisaient la marche. C’est un point très fort. Le scout apprend à être responsable, de lui-même et des autres.

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