Bioéthique : l’Église offre une vision, l’unité de l’homme et la femme

Dimanche 7 octobre, Mgr Dufour, archevêque d’Aix et Arles a célébré la messe d’installation du nouveau curé de la paroisse d’Éguilles, le père Bruno Vidal. Les textes du jour – la Genèse puis le lien indissoluble du mariage – ont porté Mgr Dufour à s’intéresser à la question de la PMA, dans le contexte de la révision des lois de bioéthique.

Nous avons proclamé le beau récit des commencements de l’humanité, le récit de son origine, récit que Jésus reprend pour répondre à une question qui lui est posée par ses coreligionnaires. Avant de méditer la Parole, permettez-moi de vous offrir un témoignage qui m’a bouleversé.

J’étais en visite pastorale au lycée catholique Sainte Marie à Aix-en-Provence, lycée professionnel et technologique. Au terme de la visite, je rencontrais tous les jeunes rassemblés dans la cour du lycée, pour un échange et une célébration de la Parole. Je précise que moins de la moitié des élèves étaient baptisés, et seul un petit nombre avait été catéchisé. Questions posées par un garçon et une fille, tous deux délégués pour les recueillir. Puis questions libres. Voici la première – je précise que c’était juste après le vote qui ouvrait le mariage aux personnes de même sexe. « Que pensez-vous du mariage gay ? » Voici ma réponse : « Je respecte profondément les personnes homosexuelles, mais le vote de la nouvelle loi a changé la signification du mariage ; je vais donc vous dire la signification du mariage pour un catholique. Un homme et une femme s’engagent durablement dans l’amour, et les enfants qui naîtront de leur amour pourront les appeler ‘’papa’’ et ‘’maman’’ ». Salve d’applaudissements ! J’en suis encore tout bouleversé…

Méditons maintenant le récit de la Genèse repris par Jésus dans sa réponse aux pharisiens. Le second récit de création dans le livre de la Genèse, et plus particulièrement le récit de la création de l’homme et de la femme. En trois temps :

  1. Le constat de Dieu : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul »
  2. Dieu amène tous les animaux vers l’homme, que la Bible appelle Adam
  3. Dieu crée la femme, Eve, en la tirant de la côte d’Adam, et l’amène vers l’homme.

« Il n’est pas bon que l’homme soit seul », dit Dieu. Pourquoi la solitude de l’homme n’est-elle pas bonne, alors que Dieu vit que tout était bon ? Pour deux raisons :

  1. Afin que l’homme ne se prenne pas pour Dieu. Commentant ce verset, un rabbin écrivait : « Les créatures pourraient risquer de se dire : c’est Adam qui nous a créés ». Tentation toujours bien réelle de se prendre pour Dieu, au temps de l’intelligence artificielle qui ouvre à l’humanité des perspectives magnifiques mais qui pourraient être dévoyées pour son malheur.
  2. Afin que l’homme accomplisse son bonheur dans la relation, dans l’altérité. La création est achevée, mais l’homme n’est pas achevé, il lui manque quelque chose. Dieu crée le désir, il fait éprouver le manque, il marque une limite à la toute-puissance de l’homme.

« Dieu modèle les animaux et les amène à l’homme » qui découvre la sexualité animale. Mais l’homme ne trouve aucune aide qui lui corresponde. Dieu fait entrevoir la spécificité de la sexualité humaine : elle n’est pas accouplement mais union. La sexualité est créée pour aider l’être humain à s’accomplir.

« Dieu façonna une femme et l’amena vers l’homme ». L’homme est créé homme et femme. Non pas l’un derrière l’autre. Non pas à côté l’un de l’autre. Mais face-à-face. Pour aimer. Aimer à la manière de Dieu. A l’image et à la ressemblance de Dieu. La sexualité est créée pour permettre à l’homme de s’accomplir dans la relation, dans l’altérité. C’est dans la relation qu’il trouvera son bonheur. Dans l’ « agapé », l’amour qui se donne et ne retient rien de lui-même, l’amour tel qu’il est en Dieu. Différent de l’eros, amour-passion, qui est beau mais qui a besoin d’être purifié. Différent de l’amour-amitié (philia). Je ne puis parler ici de la théologie du corps de Jean-Paul II, mais je vous encourage à la découvrir.

Telle est l’anthropologie judéo-chrétienne inspirée de la Bible où Dieu révèle son projet sur l’homme. Anthropologie qui ouvre avec les non-croyants un dialogue de raison. Au moment de l’ouverture des Etats généraux en vue de la seconde révision de la loi relative à la bioéthique, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) avait posé la question : « Quel monde voulons-nous ? » Quelle humanité voulons-nous ? Cette question n’est pas d’abord morale ; elle n’interroge pas d’abord sur le permis et le défendu. Cette question concerne la vision de l’homme, vision anthropologique. Il a fallu du temps pour que la vision judéo-chrétienne parvienne à ce qu’elle est dans ces premiers chapitres de la Genèse. Vision de la relation homme-femme, de la conjugalité, de la filiation, de la paternité et de la maternité. Vision qu’ont applaudie les jeunes du lycée Sainte Marie. Vision qui fait sortir l’humanité de la famille patriarcale, de la polygamie – celle-ci était un peu la sécurité sociale des femmes au temps où la chasse et la guerre tuaient précocement les hommes !

Le CCNE vient de rendre public son avis sur les questions bioéthiques qui seront soumises au parlement dans les premiers mois de l’année 2019. Son avis est positif pour l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes seules. Avis porté par quelle vision de l’humain ? Avis rempli de contradictions, de l’aveu même du CCNE. Avis porté par une vision centrée sur la satisfaction des désirs individuels, vision qui fragilise le socle des valeurs sur lesquelles toute société doit être édifiée. Choisirons-nous la logique de la fabrication de l’homme par l’homme, la marchandisation des gamètes (la Belgique achète déjà 90% de ses gamètes !), la sélection eugénique des embryons humains, la logique du supermarché du bébé ? Ou bien une logique fondée sur le droit, logique qui respecte et consolide la conjugalité, la filiation, la paternité, la maternité, et par-dessus tout « le droit pour tout enfant de connaître ses parents et d’être élevé par eux » (Convention internationale des droits de l’enfant, ratifiée par la France en 1990).

L’Eglise ne juge pas les personnes. Elle offre une vision. « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés » dit le Christ. Il n’appartient pas au chrétien de juger les personnes, le jugement appartient à Dieu, et à Dieu seul. Mais le chrétien a reçu une lumière qui lui donne de contempler dans l’union de l’homme et de la femme la beauté de Dieu, et d’entendre l’appel à aimer comme le Christ. « A cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux deviendront une seule chair ». UN dans l’amour, à la ressemblance de la communion d’amour de Dieu UN.

Vous accueillez aujourd’hui solennellement votre nouveau curé. Il est un bon pasteur, un « père » pour vous. Et vous êtes avec lui la famille de Dieu. Soyez vraiment une famille, une famille ouverte. Soyez capables d’entrer en dialogue avec ceux et celles qui sont différents de vous, qui ne pensent pas comme vous, en particulier sur ces sujets de bioéthique. En particulier sur ce sujet délicat de la PMA. D’abord, écoutez, sans juger, sinon vous ne pourrez pas entrer vraiment en dialogue. Il y a de grandes souffrances. Comment le Christ les regarde-t-il ? Bien sûr, exposez la vision chrétienne qui nous est inspirée par l’anthropologie biblique. Faites-le avec conviction, en argumentant, mais humblement, à la manière du Christ, et non à la manière des pharisiens.

En cette eucharistie, prions pour les couples et les familles, tous les couples, toutes les familles. En cette fête de Notre Dame du Rosaire, nous les confions à la prière maternelle de Marie. AMEN.

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