Édito de Mgr Dufour : pour la paix

Monseigneur Christophe Dufour, archevêque d’Aix et Arles, consacre son éditorial du mois de novembre 2018 au centenaire de l’Armistice 1918. Il se demande si on en a compris les leçons, cent ans plus tard.

Il y a cent ans…

Ce mois de novembre 2018 est marqué par un centenaire. Les derniers poilus sont morts, la guerre de 14-18 est désormais entrée dans l’histoire, et nous commémorons ce jour où, il y a 100 ans, les armes se sont tues – c’est le sens du mot « armistice ». Le récit ne sera plus conté par des témoins, mais par la mémoire, de génération en génération, pour une leçon de vie et, nous l’espérons, de sagesse. Le 11 novembre 1918, ce ne fut pas encore la paix, mais un cri dans le silence des armes : « Plus jamais la guerre ! » Et la paix fut signée le 28 juin 1919, cinq ans jour pour jour après l’attentat de Sarajevo qui avait mis le feu aux poudres. A peine 20 ans plus tard, la guerre reprenait, mondiale, entre les mêmes belligérants. N’avaient-ils pas compris la leçon ?

Cent ans après, avons-nous compris la leçon de l’histoire ? Depuis le 8 mai 1945, l’Europe a vécu 73 années sans guerre, elle a retrouvé son apparente unité, les frontières sont ouvertes, les camions la sillonnent, les échanges vont bon train… Et pourtant des menaces ressurgissent, l’inquiétude grandit et se traduit par ce que l’on appelle la « montée des populismes ».

« Populismes », dit-on. C’est que, au sein de chaque nation, les peuples sont inquiets et ne font plus confiance à ceux qui ont le pouvoir – pouvoir politique, économique, médiatique, social, religieux, au sein des institutions traditionnelles. L’inquiétude est intuitive, presque instinctive, un peu comme celle des animaux dont l’instinct prévient les cataclysmes. Qui ne sent pas que les menaces pèsent sur notre planète, et particulièrement sur notre continent européen ?

La « crise » dit-on. Mais le philosophe Jean-Luc Marion n’hésite pas à parler de « décadence ». La décadence est un processus mortifère ; la crise, elle, ne s’inscrit pas dans la durée, elle marque un temps et peut être féconde. La décadence exige un sursaut moral et spirituel.

Un « drame », dit-on. La philosophe Chantal Delsol parle de tragédie en la distinguant du drame. Elle en voit un symptôme dans la question migratoire. Les élites, écrit-elle, la considèrent comme un drame ; si ce n’était qu’un drame, la décision serait facile : c’est l’accueil. La question migratoire n’est pas un drame, elle est une tragédie dans laquelle deux valeurs d’égale importance se disputent : l’accueil et la nécessité de la protection de la culture d’accueil. Le dérèglement climatique qui menace, la violence qui monte, le niveau de vie qui baisse, les colères qui grondent, sont des tragédies et marquent le caractère tragique de notre condition humaine. La tragédie exige, elle aussi, un sursaut des consciences, sursaut moral et spirituel.

Le centenaire de l’armistice fera l’objet de commémorations plus solennelles ; espérons qu’elles marquent un sursaut des consciences. Il se fait que, cette année, le 11 novembre est un dimanche, jour où les chrétiens se rassemblent. A 11 heures, heure où les armes se sont tues le 11 novembre 1918, les cloches sonneront dans chaque église en France. Que le son des cloches soit accompagné d’une prière fervente de tous les fidèles, vers le Christ Prince de la Paix. Pour la paix, et pour un sursaut moral et spirituel de toutes les nations en Europe.

+ Christophe DUFOUR

Archevêque d’Aix-en-Provence et Arles

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