Les professions judiciaires, un sacerdoce

Le 23 janvier 2019, Mgr Dufour a célébré la messe de rentrée des professions judiciaires, devant un parterre d’avocats, magistraux et autres personnes du monde judiciaire. Il compare leur métier au sacerdoce.

Oserais-je dire que votre profession judiciaire est un sacerdoce ? Rendre justice, être au service de la justice, nous pouvons le dire, est un véritable sacerdoce. Je suis allé ouvrir mon vieux dictionnaire Larousse qui donne du mot sacerdoce la définition suivante : « Dignité et fonction des ministres du culte », et il ajoute : « Fonction qui présente un caractère respectable en raison du dévouement qu’elle exige », et le Larousse donne en exemple le sacerdoce des infirmières. Les professions judiciaires sont un sacerdoce ! Et c’est de sacerdoce que je voudrais vous parler ce soir, à la lumière de la mystérieuse figure de Melchisédech dont nous parle la lettre aux hébreux (tous les deux ans revient cette lecture du mercredi de la 2ème semaine ordinaire, souvent proclamée pour la messe des professions judiciaires). Je vous parlerai donc du sacerdoce de Melchisédech, du sacerdoce du grand prêtre qu’est le Christ, et enfin du sacerdoce des baptisés que le concile Vatican II a mis en valeur.

Le sacerdoce de Melchisédech

En ce temps-là le sacerdoce était un métier exercé par les membres de la tribu de Lévi. Le sacerdoce des lévites consistait à organiser les sacrifices au Temple. Il y avait les logisticiens, chargés notamment de percevoir la dîme, et il y avait les sacrificateurs, qui tuaient les animaux et les offraient en sacrifice. Deux types de sacrifice : le sacrifice d’alliance qui célébrait l’alliance de Dieu avec son peuple, et le sacrifice de pardon célébré au cours de la fête annuelle du grand Pardon, pour obtenir le pardon des péchés.

Le sacerdoce de Melchisédech dépasse celui des lévites. Mystérieuse figure qui n’apparaît que dans deux textes de l’Ancien Testament, dans la Genèse où Melchisédech rencontre Abraham (3 versets) et dans le psaume 109 (1 verset, cité par la lettre aux hébreux). Le sacerdoce de Melchisédech est un sacerdoce universel : en bénissant Abraham, père des croyants, il bénit tous les croyants ; en lui offrant la dîme, Abraham le reconnaît comme prêtre – en réalité Abraham ne retient rien pour lui et il offrira au roi de justice et de paix tout le butin de sa guerre victorieuse contre les rois humains. Ainsi se dessine un grand prêtre universel et éternel. Les premiers chrétiens issus du judaïsme contempleront en Jésus le prêtre dont Melchisédech est la figure.

Le sacerdoce du Christ

La mort du Christ sur la croix est interprétée comme un sacrifice qui a une dimension radicalement nouvelle, comparé aux anciens sacrifices d’alliance et de pardon. Jésus est reconnu Fils du Très Haut, Fils de Dieu, envoyé du Père. Médiateur entre Dieu et les hommes, sa mort est interprétée comme un sacrifice dans lequel il est à la fois le prêtre et la victime. Le prêtre s’est lui-même offert en victime. Le Christ s’offre en éternelle offrande à son Père. « Il devient prêtre par la puissance d’une vie indestructible » dit la lettre aux hébreux. Mort et ressuscité, il a pénétré dans le saint des saints, non pas dans un temple fait de mains d’homme, mais dans le sanctuaire du ciel, la demeure éternelle de Dieu. Ainsi il a conduit l’humanité à sa perfection, perfection de l’amour. Magnifique vision de foi qui éclaire toute l’histoire humaine, donne sens à notre quotidien et nous appelle à vivre notre vie comme un… sacerdoce.

Le sacerdoce des baptisés

Baptisés, nous sommes tous prêtres, appelés à faire de notre vie une offrande spirituelle. Le concile Vatican II a mis en valeur ce sacerdoce qu’il appelle « le sacerdoce commun des baptisés » en le distinguant du sacerdoce ministériel. Je cite le § 10 de la constitution sur l’Eglise : « Le Christ Seigneur a fait du nouveau peuple un royaume de prêtres pour Dieu son Père… Que tous les disciples du Christ… s’offrent donc eux-mêmes comme une hostie vivante, sainte, agréable à Dieu. Qu’ils rendent compte, à qui le demande, de l’espérance de la vie éternelle qui est en eux ». Le pape Jean-Paul II cite le § 34 dans son exhortation apostolique Christi fideles publiée il y 30 ans (30 décembre 1988 en la fête de la Sainte Famille) : « Toutes les actions des fidèles, leurs prières, leurs initiatives apostoliques, leur vie conjugale et familiale, leur travail journalier, leurs loisirs et leurs divertissements… et même les épreuves de la vie… deviennent des ‘’sacrifices spirituels agréables à Dieu par Jésus-Christ’’ » (ceci est une citation de la lettre de Pierre 2,5). « De cette manière, dit encore le concile, les laïcs… consacrent à Dieu le monde même » (§ 34).

Frères et sœurs, votre métier est un sacerdoce. Pas seulement parce qu’il réclame de vous une grande générosité, renoncements et abnégation, zèle, courage et force, une passion qui vous procure de la joie, je n’en doute pas. Dans la foi chrétienne, ce sacerdoce prend un sens particulier : il est uni à l’offrande que le Christ fait de lui à Dieu son Père. Il nous appelle à faire de nos vies une offrande spirituelle à Dieu. C’est le sens de la messe que nous célébrons ce soir en ce temps de rentrée des professions judiciaires. Votre profession est bien un sacerdoce. Non seulement pour le service de la justice humaine, mais aussi pour le service du roi de justice qu’est le Seigneur Jésus. Lorsque je prendrai dans mes mains l’hostie, ce sont toutes vos professions judiciaires que j’offrirai à Dieu, ainsi que vos familles et toute votre vie. Lorsque j’imposerai les mains sur le pain et le vin, c’est sur vous que j’implorerai l’Esprit Saint.

« Père très saint, par Jésus-Christ, en ton cœur plein d’amour, de bonté et de bienveillance, nous remettons notre vie, notre métier, nos familles. Répands ton Esprit Saint pour que nous soyons tout entiers au service de ton royaume de justice et de paix. AMEN.

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