Mgr Dufour et l’ordination des hommes mariés : pourquoi pas, dans certains cas

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« Si un jour le besoin se fait ressentir, je serai favorable à l’ordination des hommes mariés ». Déclaration inattendue de l’archevêque d’Aix en Provence, le lendemain de Pâques. Mgr Dufour répondait à une interview sur France Bleu Provence. Il est ainsi le deuxième évêque de France à se déclarer pour. Pourquoi envisage-t-il l’ordination des hommes mariés ? Nous lui posons la question dans La voix des Églises.

 

Le célibat des prêtres est une règle établie officiellement dans l’Église d’Occident depuis le XIème siècle. Certains rites orientaux, comme les catholiques maronites, autorisent l’ordination des hommes mariés. Mgr Christophe Dufour, archevêque d’Aix et Arles, a pris cet exemple pour exprimer sa position favorable.
Monseigneur Dufour, vous avez parlé de l’ordination sacerdotale des hommes mariés. Vous excluez donc le mariage d’hommes déjà ordonnés, est-ce bien cela ?

Quand un prêtre a été ordonné, s’est engagé à ne pas se marier, et bien l’Église lui demande d’être fidèle à son vœu de célibat. Je ne suis pas pour le mariage des prêtres.

Pourquoi faire cette différence entre mariage des prêtres et ordination d’hommes déjà mariés ?

Pour le moment un évêque dans l’Église catholique latine, sauf exception, est tenu de choisir des prêtres parmi des hommes célibataires et de leur demander de rester célibataires. C’est une règle magnifique, car c’est un beau signe dans notre société : le signe qu’un prêtre choisit Dieu, le Christ et l’Église comme unique amour de sa vie. C’est vraiment la grande valeur du célibat des prêtres aujourd’hui et tout le monde le reconnaît, notamment les paroissiens. Un prêtre est dévoué à sa paroisse, il n’a pas de deuxième amour, une épouse ou des enfants.

Pourquoi avez-vous envisagé l’ordination sacerdotale pour des hommes mariés et pourquoi ne l’envisagez vous pas le mariage de prêtre déjà ordonnés ?

Parce que le jour ou ils sont ordonnés prêtres, ils se sont engagés au célibat. C’est un engagement de toute une vie. C’est comme toute personne qui s’engage dans l’Église catholique ou dans le mariage sacramentel, elle s’engage à être fidèle à son époux/épouse pour toute sa vie. C’est un drame si jamais cette union est interrompue. C’est la même chose devant monsieur le Maire, car en cas de divorce il y a un procès engagé, et c’est donc une procédure difficile. Un prêtre s’est engagé au célibat, il est tenu d’y être fidèle, c’est l’engagement de toute une vie.

Dans l’interview donnée à France Bleu Provence, vous avez précisé que vous seriez favorable à l’ordination sacerdotale d’hommes mariés seulement si le besoin se faisait sentir. Quels seraient ces besoins impérieux ?

Je suis un peu familier avec ces situations-là, qui sont difficiles pour les prêtres eux-mêmes. Lorsque je vivais au Liban, j’avais deux bons amis qui étaient des prêtres mariés, je connaissais leurs familles. Je voyais que la situation n’était pas si facile car ils étaient toujours en tension permanente entre la famille (femme et enfants) et la famille sacerdotale et paroissiale. Le pasteur d’une paroisse est comme marié à sa paroisse.

Mais dans certains pays, certaines communautés n’ont pas de prêtre et donc n’ont pas l’eucharistie. J’ai connu une communauté religieuse en Bolivie qui avait la messe une fois par an. J’ai connu un prêtre bolivien qui mettait deux jours pour parcourir le territoire de sa paroisse. Il y a des situations un peu extrêmes, et pour le synode sur l’Amazonie prévu en octobre 2019, la question de l’ordination sacerdotale des hommes mariés va peut-être être abordée. Donc si le besoin se fait sentir, il appartient au Saint Père de prendre sa décision sur la situation.

Donc vous allez dans le même sens que le pape François ! L’ordination des hommes mariés pour pallier le manque de prêtres célibataires ne serait envisageable que dans les zones isolées et reculées…

Oui, et également les zones où il y a une culture. Dans la tradition catholique cela a pu se faire ou se fait encore d’ordonner des hommes mariés. Prenons l’exemple des prêtres anglicans qui se convertissent à l’Église catholique même s’ils sont mariés. Il n’y a pas d’impossibilité de permettre l’ordination d’hommes mariés, mais cela ne se fera pas en France, car nous avons encore cette tradition de prêtre célibataire, qui appelle encore des jeunes au séminaire, même si cela ne parait pas suffisant. En ce qui concerne l’ordination des hommes mariés, je laisse le Saint Père juger de la situation puisque cela se fait dans la tradition.

Si on ordonne des hommes mariés, il y a ce problème de la gestion entre la famille et la paroisse. Y a-t-il un profil idéal d’hommes déjà mariés que l’on pourrait ordonner, qui seraient peut-être d’un âge mûr et n’ayant plus d’enfant à charge ?

Il y a toujours cette idée d’hommes plus âgés qui pourraient célébrer simplement la messe. Leur mission serait de célébrer la messe pour pouvoir offrir l’eucharistie à des populations plus reculées. Cela fait aussi partie de la tradition de l’Église.

Ils ne pourraient pas administrer les sacrements ?

Seulement l’eucharistie, et éventuellement le baptême.

Si on ordonne des hommes mariés, donc potentiellement des pères de famille, l’Église ne pourra pas décemment les payer 920 euros comme elle indemnise aujourd’hui les prêtres célibataires. Cet argument économique est-il, selon vous, le principal frein à l’ordination d’hommes mariés ?

Il n’y a pas de frein, c’est un choix qui serait fait pour répondre à des besoins. Et lorsque cela répond à des besoins, la question économique est tout a fait secondaire et elle ne se pose pas en France.

Finalement cette prise de position est-elle liée à la récente actualité de l’Église ?

Non, il n’y a pas de lien entre les scandales de pédophilie qui entachent l’Église et ma prise de position sur l’ordination d’hommes mariés. La majorité des actes de pédophilie est au sein des familles.

Avez-vous l’impression de suivre l’avis du pape François ou de vous y opposer ?

Je ne me situe pas par rapport au pape François, mais je me situe par rapport à la responsabilité qu’a le pape, quel qu’il soit, vis-à-vis d’un peuple nombreux intercontinentale de toutes les races, de tous les pays et donc à cette échelle-là, il a une responsabilité de faire en sorte que le peuple de Dieu, la famille de Dieu, soit bien nourri et en particulier de l’eucharistie et des sacrements.

Cette opinion que vous avez exprimée, est-ce une opinion que vous avez forgée au fur et à mesure de votre expérience ?

Je n’ai pas de principe ferme, je ne revendique rien. Je dis que la tradition autorise aujourd’hui cette possibilité. Je maintiens que le choix d’ordonner des prêtres célibataires et de leur demander un engagement de célibat me parait le meilleur et le plus beau pour notre Église en France.

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