La Résurrection : notre choix d’être chrétien

Homélie de Mgr Christophe DUFOUR

Cathédrale d’Aix-en-Provence

Vigile et jour de Pâques 2018

Samedi 31 mars et dimanche 1 avril 2018

 

En ce jour de Pâques, je pense à Marielle, celle qui était promise à Arnaud BELTRAME depuis qu’il avait prié sainte Anne d’Auray de lui faire rencontrer la femme de sa vie. Elle est restée très discrète. Elle n’a pas répondu à la meute des journalistes demandant son témoignage. Elle a vécu dans le silence son deuil et sa douleur intime. Mais aussi dans la foi. Je vous la présente rapidement. Elle était une femme de foi et une femme généreuse. Elle fut bénévole à l’association « A bras ouvert », une association de jeunes volontaires qui accompagnent des personnes handicapées le week-end. Durant trois ans, elle est allée vivre dans le quartier le plus pauvre de New York, au sein de la communauté des franciscains du Bronx. Elle s’est confiée à un journaliste d’un hebdomadaire catholique. Touchée par le fait que c’est un vendredi que son mari a été assassiné, que c’était la veille des Rameaux, et que ses obsèques se sont déroulées pendant la semaine sainte, elle témoigne : « A mes yeux ce n’est pas anodin. C’est avec beaucoup d’espérance que j’attends de fêter la Résurrection de Pâques avec lui ». Magnifique témoignage de sa foi en la Résurrection ! C’est dans le Christ ressuscité qu’elle vivra désormais avec son cher Arnaud qu’elle aimera toujours.

Ce témoignage peut nous aider à comprendre celui de Marie-Madeleine, de Pierre et Jean que nous rapporte l’évangile de Jean. Ne sont-ils pas dans le même état de choc que celui de Marielle lorsqu’on est venu lui annoncer que son mari était mort dans une attaque terroriste ? On devine l’état de choc de Marie-Madeleine, de Pierre et Jean, et aussi des autres femmes, Marie Salomé, Marie Jacobé, et aussi des autres apôtres, lorsque sous leurs yeux Jésus est arrêté comme un voyou. Ils l’ont vu humilié, jugé à la va-vite, condamné à mort. Eux qui l’avaient aimé. Eux qui avaient cru qu’il était le Messie venu de Dieu établir sur la terre le royaume de justice et de paix promis par les prophètes. L’état de choc et le doute. Ils n’ont rien compris. Ils ont douté. Ils ont lâché Jésus. Pierre a renié. Seules quelques femmes et l’apôtre Jean l’ont suivi jusqu’au bout.

Et les voilà devant le tombeau vide. Indice qu’il s’est passé quelque chose d’extraordinaire. Le linge, le linceul, mais pas le corps. En cet instant, dans l’état de choc et de tristesse, ils commencent à se souvenir des paroles que Jésus avait dites : « Il faut que le Fils de Dieu souffre beaucoup, qu’il soit tué, mais le troisième jour il ressuscitera ». Lorsque, mystérieusement, le Christ viendra à leur rencontre dans un corps spirituel, alors ils comprendront et témoigneront. Ils comprendront que la mort de Jésus n’est pas un échec mais une victoire. Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité. Les petits pécheurs de Galilée l’ont annoncé sur toute la terre, et la nouvelle est arrivée jusqu’à nous.

On peut s’interroger : Qui va gagner ? Le bien ou le mal ? L’amour ou la haine ? La douceur ou la violence ? Lorsque nous regardons Jésus en croix, nous pouvons dire que le mal a gagné, que la croix est un échec. Mais en réalité, c’étaient nos péchés qu’il portait, ce sont nos péchés qui sont crucifiés. La mort du Christ est la victoire décisive et définitive de l’éternel amour de Dieu en notre humanité. Dieu a signé cette page de notre histoire en ressuscitant Jésus d’entre les morts.

Frères et sœurs, la Résurrection est l’évènement fondateur du christianisme. Mais la Résurrection du Christ est aussi ce qui fonde notre choix d’être chrétien. Et en cette fête de Pâques, l’Église vous invite à renouveler solennellement ce choix.

Le choix d’être chrétien, c’est le choix d’orienter toute notre vie dans l’amour à la suite du Christ. Le choix d’être chrétien est de dire NON au mal, NON à Satan qui est l’auteur du mal. Le choix d’être chrétien est de dire OUI au Christ. Le choix d’être chrétien passe par un discernement de tous les instants dans le combat entre deux esprits qui luttent l’un contre l’autre en chacun de nous et dans le monde: l’esprit de Satan qui pousse au mal, et l’Esprit de Dieu animé par l’amour plus grand. Le choix d’être chrétien s’enracine dans la vérité de l’amour tel qu’il est en Dieu, et tel qu’il nous est donné à voir en Jésus Christ de la part de Dieu. L’amour plus grand. L’amour dont témoigne le testament du Christ : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ».

Je m’adresse à vous qui allez être baptisés en cette nuit de Pâques. Comme je le disais aux jeunes dimanche dernier : « Devenez chevaliers de cet amour plus grand ». A la suite des saints. A la suite d’Arnaud BLETRAME et de sa femme Marielle. Frères et sœurs, en cette fête de Pâques, renouvelons notre choix d’être chrétien, notre choix de vivre unis au Christ ressuscité, notre choix d’être en ce monde des témoins de l’amour plus grand à la suite du Christ. AMEN.

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