Homélie de Mgr Delarbre 11 février 2024 Festival de la Parole

Ouverture du Festival de la Parole
Dimanche 11 février 2024,  Chapelle de la Mission – OMI – Aix

La Parole est un puits

Homélie de Mgr Christian Delarbre, archevêque d’Aix-en-Provence et Arles

Frères et sœurs dans le Christ, bien-aimés du Seigneur, comme chaque dimanche, nous voici réunis pour écouter la Parole. L’acte liturgique consistant à proclamer la Parole nous rassemble comme Eglise, car cette désignation vient du grec ekkaleo : la convocation. Cet acte ne consiste pas seulement à lire les Ecritures, mais à entendre une parole. L’Ecriture, une fois proclamée dans l’assemblée, devient la Parole vivante du Seigneur. Lorsque vous lisez les Ecritures, c’est vous qui en êtes l’acteur. Lorsque vous entendez une parole, ce n’est plus vous l’acteur, ni l’initiateur, mais celui qui parle, le Seigneur. Les Ecritures sont le réceptacle d’une parole qui devient vivante par l’Esprit Saint, lequel s’il est reçu par chacun, qui a donc lui-même accès à la parole vivante, n’est pas donné isolement, mais en Eglise, car il y a qu’un seul Esprit et un seul Seigneur et une seule Parole. Par la suite, ceux qui ont été rassemblés pour entendre la Parole du Seigneur, reçue ensemble dans le même Esprit Saint, sont envoyés pour la proclamer. Selon l’ancienne image du puit d’autrefois, d’avant l’eau courante, vous vous rassemblez auprès de la source vive, du puit d’eau fraiche, à la fois pour vous désaltérer vous-même, mais aussi afin de puiser pour aller porter de cette eau vive auprès de vos frères et sœurs. L’écoute de la Parole en effet est toujours missionnaire.
J’étais au Bénin voici quelques jours, le curé d’une paroisse disait que leur dernier projet avec le conseil économique avait été de financer un puits dans le quartier de la paroisse, car les gens manquaient cruellement d’eau et devaient aller bien loin pour cela. Les gens ont inscrit dans leur chair et dans leur expérience que l’eau, on va la chercher avec peine, et on l’apporte pour le service de tous. Il leur est donc bien plus aisé de venir chercher au puits de l’Eglise la Parole de Dieu, pour eux et pour leur proche.

Pour nous ici, l’image du puits n’est plus aujourd’hui pour nous qu’une belle image puisque chacun dispose chez lui de l’eau courante. Ce n’est pas sans importance. Je ne vis pas dans ma chair, dans mon expérience existentielle la réalité fondamentale de ce qu’est un puits. C’est pourquoi, chacun peut croire aisément pouvoir ouvrir seul le robinet de la parole de Dieu, quand il en a envie, à sa disposition, selon le bon vouloir y compris de son gaspillage. Cette eau, ne lui ayant couté aucune peine, n’a pour lui guère de valeur. Et, puisque chacun a un robinet chez lui, à quoi bon lui apporter de l’eau ? Être missionnaire de la Parole c’est ainsi bien souvent apporter de l’eau à des personnes qui n’ont pas soif ou qui estiment avoir toute l’eau dont ils peuvent disposer ou que l’eau de leur robinet vaut bien celle du vôtre…

 

Pour en revenir à la proclamation d’aujourd’hui, comment cette page des Ecritures devient-elle pour nous Parole de Dieu ? L’homélie est destinée à en proposer des éléments et surtout à inviter à l’écoute de cette Parole. Car à vrai dire, chacun ici doit pour lui-même accueillir la Parole prononcée devant tous. Dans la proclamation de la Parole, celle de l’Evangile a une place éminente. En effet, le Seigneur Jésus est l’interprète des Ecritures, il est celui qui ouvrit l’intelligence de ses disciples à la compréhension des Ecritures, leur montrant comment la loi et les prophètes avaient annoncé et préparé sa venue. La liturgie propose donc généralement une première lecture tirée de la première disposition en rapport avec l’accomplissement que le Seigneur en fait dans son Evangile. Ici un extrait de la loi concernant les lépreux dont la maladie, longtemps restée effrayante par ses conséquences, était ainsi une véritable atteinte à l’intégrité de la communauté. Le lépreux devait être retranché de cette communauté et c’est en définitive cela que signifie le terme « impur ». Notez que dans le récit de l’Evangile Jésus demande justement au lépreux de faire la démarche nécessaire pour être reconnu pur et réintégrer la communauté. Cette maladie atteint l’intégrité de la communauté, qui se protège en excluant donc celui qui peut porter cette atteinte. Jésus ne se contente pas de guérir un homme malade, mais il le purifie, pour son bien, et celui de la communauté qui retrouve un membre qui lui manquait. L’Evangile est constitué pour une bonne part de ces récits tout particuliers qui cependant détiennent un enseignement universel dans l’espace et le temps. La puissance du Christ répare la communauté humaine en réintégrant les membres qui en furent exclus pour sa préservation.
Il est prophétique aussi que Jésus prenne sur lui l’impureté du lépreux, du fait de la publicité qui lui est faite. Le voilà en dehors de la ville, coupé de la communauté, et cela évoque déjà sa mort sur la croix, mort solitaire d’esclave rebelle, à l’écart de la ville. Mais la puissance du Christ se déploie alors, non seulement par la guérison du lépreux, mais par le fait que, lui-même retranché de la communauté des vivants, il attire à lui, comme une fois élevé sur la croix, on lèvera les yeux vers celui qu’ils ont transpercé. On vient à lui de partout, vers celui qui fut exclu des hommes. Ainsi la première communauté, réparée par la guérison du lépreux, est cependant remplacée par une deuxième communauté, celle réunie autour du Christ. Et cette seconde communauté, c’est celle de l’Eglise, dont nous sommes aujourd’hui un signe réel et visible d’une réalité plus grande puisque destinée à rassembler l’humanité entière. La Parole du Seigneur ainsi guérit chacun et le réintroduit dans la communauté des humains mais surtout, elle établit une nouvelle communauté de ceux qui, ayant entendu la rumeur du Christ, viennent de partout pour le rencontrer, le connaitre, écouter sa Parole et être guéri. Celui qui porte la Parole est comme le lépreux guéri. Il témoigne du Christ, mais à partir de ce que la Parole de Jésus a accompli pour lui. Et son témoignage a pour effet que ceux qui l’entendent osent partir au désert, cheminer et oser la rencontre avec le Seigneur. Que tout cela vous inspire et vous soutienne durant le festival de la Parole.

Amen.

Année B
6ème dimanche du temps ordinaire