Homélie de Mgr Delarbre – 8 juin 2025, Pentecôte à Arles
Homélie de Mgr Christian Delarbre, archevêque d’Aix-en-Provence et Arles
Dimanche 8 juin 2025, Fête de la Pentecôte, Confirmations à Arles
« Être témoins »
On dit souvent avec raison que l’Esprit saint que vous recevez fait de vous des témoins. D’ailleurs, plusieurs parmi vous expriment dans leur lettre le désir de témoigner de Jésus, de l’annoncer, de partager ce que vous fait vivre la foi avec ceux qui vous entourent. Alors comment être ces témoins dans l’Esprit ?
Il faut d’abord avoir une première conviction : l’Esprit souffle où il veut et il est présent à tout être humain même si celui-ci l’ignore. Rappelle-toi des moments où tu n’étais pas croyant, où tu ne connaissais pas Jésus ou tu n’y prêtais pas attention. Pourtant, tu avais le désir de vivre, d’être heureux, tu savais qu’il te manquait des choses importantes. C’est déjà l’œuvre de l’Esprit : tu découvres qu’il te manque beaucoup dans ta vie, mais tu ne sais pas qu’il te manque une réalité essentielle, le Seigneur et son amitié.
Donc ton exemple de croyant vient interpeller une personne que l’Esprit Saint déjà travaille. Sans Dieu aucune vie n’est complète. Le témoin de Jésus n’oublie jamais que ceux auxquels il parle beaucoup ont déjà prié dans leur vie à certains moments ou se posent des questions sur leur existence ou sont malheureux de ne pas trouver ce qui comblera leur vie. Et toutes ces choses superficielles qui occupent leur esprit, leur corps, leur âme finissent par les laisser dégoutés, insatisfaits, tristes. Ils demeurent troublés et soucieux, malgré tous les moyens qu’ils ont pour faire du bruit, s’agiter, s’occuper l’esprit, l’âme et le corps pour ne pas y penser. Parce que l’Esprit les travaille. Il n’y a que les morts qui ne soient pas intranquilles, et l’Esprit nous veut vivant !
Donc ton témoignage est important : dans les lettres beaucoup disent que, enfants ou jeunes, ils se sont interrogés mais que personne autour d’eux n’a pu leur parler de la foi ! L’Esprit fait de toi un témoin et il a commencé ! Pense aux apôtres. Lorsque la Pentecôte arrive, ils vont sortir proclamer l’amour et la vie de Jésus. Mais que vont-ils raconter ? Tout ce qu’ils ont vécu avec Jésus AVANT ! Bref, ils vont parler de leur expérience. Le témoin de Jésus n’a pas besoin d’enseigner des choses compliquées, ni de convaincre par des arguments très sophistiqués, ni d’entrer dans des polémiques. Il doit faire comme les apôtres puisque, comme eux, il a reçu le même esprit. Il raconte son expérience. Toi aussi, tu dois raconter ton expérience. Qu’as-tu découvert de Jésus, personnellement ? Dans vos lettres, certains me le disent, mais pas toujours. Alors je vais vous aider. Réfléchis bien de ton côté, quelle expérience de Jésus peux-tu raconter ? Comment le Seigneur est venu à toi ? Quelle grâce de Jésus as-tu reçue et dont tu peux témoigner ? Je vais prendre quelques exemples, et sans doute tu te reconnaîtras au moins dans une d’entre elles.
Il y a d’abord les simples grâce de paix et de joie. Lorsque tu pries, que tu entres dans une église, tu reçois une grande paix et tu te réjouis de tout ce qui est beau dans l’église, dans la messe. Et cette beauté, cette joie, cette paix sont comme une lumière que tu gardes en toi. C’est tellement différent de la laideur et de la violence autour !
Il y a les grâces d’intelligence de la parole. Quand tu ouvres l’Evangile et la Bible, tu sais que ce qui est écris est important, tu ne comprends pas toujours tout, mais ces paroles de Jésus, tu perçois que c’est pour la vie, qu’il n’y a rien de plus important. Tu veux les connaître, les comprendre, les vivre.
Il y a les grâces de discernement et de maîtrise de soi : grâce à ta foi, à ta prière, à l’Evangile, à ce que tu as découvert de Jésus, tu sais ce qu’il est bon de faire, et ce qu’il faut refuser de faire. Tu apprends à éviter ce qui est mal et tu trouves avec Jésus la force de choisir et pratiquer le bien. Les gens autour de toi savent qu’ils peuvent compter sur toi, que tu ne feras jamais le mal volontairement.
Il y a les grâces de libération, lorsque le Seigneur t’a libéré de ce qui te faisais du mal, qui t’emprisonnait et te rendait malheureux. Ou alors il t’a libéré de la douleur d’une épreuve et t’a rendu courage. Il t’a donné la force de rompre des chaînes.
Il y a les grâces de relèvement, lorsque le Seigneur t’a aidé à te remettre debout après avoir commis le mal, ou t’être fait du mal, tu demandes pardon, tu cherches à réparer ce que tu as fait, tu changes de vie et les gens autour le voient.
Il y a les grâces de guérison, lorsque le Seigneur t’a aidé à vaincre un mal, une maladie, ou à retrouver force, espérance et joie face à la maladie ou à un handicap.
Il y a les grâces d’illumination, lorsque le Seigneur te manifeste sensiblement son amour, un moment où, d’un seul coup, tu as su qu’il est présent à côté de toi et qu’il sera toujours là.
Il y a des grâces de service. Le Seigneur te donne envie de rendre service, d’agir pour les autres et avec les autres, et tu y trouves une grande joie, ta vie est bien plus rayonnante, plus pleine, plus heureuse parce que tu partages avec d’autres.
Tous ces dons de Dieu sont les œuvres de l’Esprit. Ne cesse pas de t’en souvenir, ni de demander avec confiance au Seigneur les grâces dont tu as besoin et il t’exaucera selon ce qui t’est profitable.
Voilà quel sera ton témoignage. Tu reçois l’Esprit Saint d’abord pour découvrir tout ce que le Seigneur a fait pour toi, tout comme les apôtres vont découvrir tout ce que Jésus a fait pour eux. Et ensuite, pour en témoigner et le partager. A ceux qui t’interrogent, tu peux répondre : « Le Seigneur a fait ceci et cela pour moi ; pour toi aussi il peut faire beaucoup ! » A ceux qui ne te comprennent pas, te critiquent ou se moquent, tu peux répondre, « Pensez ce que vous voulez, moi je sais par expérience que je suis aimé du Seigneur, et toi aussi. »
Tu peux enfin t’interroger : à quel moment ? À qui vais-je témoigner ? La plupart du temps, c’est au quotidien dans tes relations, avec tes moyens de communiquer qui sont nombreux, dans les occasions qui existent ou que tu peux provoquer. Mais plus largement, se demander comment serai-je témoin ? c’est s’interroger sur sa vocation, sur l’appel du Seigneur. C’est le moment de demander au Seigneur « que veux-tu que je fasse ? Où veux tu m’envoyer ? » Bien entendu, c’est différent par la suite de témoigner quand on est étudiant, quand on se marie, quand on a des enfants, ou de témoigner quand on est prêtre ou religieuse. Cette année je vais ordonner deux diacres et trois prêtres : tous un jour, il n’y a pas si longtemps, étaient comme vous à recevoir leur confirmation et à demander au Seigneur : « Comment puis-je être témoin de ton amour ? » Réjouissez-vous de ce que Jésus fait pour vous et écoutez son appel et soyez ses témoins joyeux !
Amen
Prononcée le dimanche 8 juin 2025, fête de la Pentecôte, Arles
Année C