Homélie de Mgr Delarbre 4 janvier 2026 – Clôture du Jubilé
Homélie de Mgr Christian Delarbre, archevêque d’Aix-en-Provence et Arles
Solennité de l’Epiphanie
Clôture du Diocèse d’Aix et Arles de l’Année du Jubilé 2025
Clôture de l’Année Sainte, les cadeaux de notre action de grâce
Lorsqu’à l’Orient, ils ont vu l’étoile paraître, dans leur cœur, s’est levée une grande espérance. Ils ont pris la route, ils en ont bravé les dangers, ils ont marché sous la chaleur du jour, ils ont franchi une grande distance pour venir se prosterner devant celui qui est né et qui est leur espérance. Dans leur route, nous reconnaissons notre propre chemin jubilaire, alors que nous sommes réunis au terme de cette année sainte pour rendre grâce à Dieu pour la miséricorde reçue, pour la foi vécue, pour l’espérance renouvelée en nos vies, dans nos communautés paroissiales et dans nos familles.
L’espérance des mages, l’étoile qui les a mis en route, vient butter sur l’incrédulité, la crainte, la corruption, le crime du roi Hérode. Il est étrange que celui qui indique aux mages leur chemin vers le Christ soit le meurtrier des saints innocents. Le mal même et ses œuvres sont contraints de servir l’espérance. Cette étoile perçant la nuit, plus la nuit se fait sombre, plus l’étoile se fait éclatante et la direction qu’elle inspire, certaine. Ce soleil invaincu illuminant les ténèbres du monde, plus les ténèbres des craintes sont profondes, plus le brouillard des incertitudes est opaque et nous fait redouter de nous égarer en chemin, plus le soleil de justice, le soleil invaincu, le Christ vivant, brille d’une vive flamme. Plus forte que le mal, les ténèbres, la mort même est l’espérance qui nous vient du Seigneur.
Ils sont nombreux les Hérode de notre temps. Les massacres d’innocents sont la triste banalité d’un monde tragique. Dans le monde troublé par les guerres et les fureurs, nous avons fait l’expérience que l’espérance qui nous vient du Christ est notre véritable miséricorde et notre véritable salut. Nous avons rejoint la joie du prophète Isaïe et l’Eglise en cette année sainte s’est reconnue dans son chant : « Voici que les ténèbres couvrent la terre, et la nuée obscure couvre les peuples. Mais sur toi se lève le Seigneur, sur toi sa gloire apparaît. »
Cette année sainte, nous avons accompagné de nos pensées et de nos prières bien des disciples de Jésus qui souffrent de guerre et d’oppression ou de persécution. Ils n’en sont que de manière plus éclatante les témoins vivants de l’espérance chrétienne. Je pense au courage des chrétiens arabes de Palestine, je pense au courage des chrétiens d’Ukraine, je pense au courage de mes amis du Burkina-Faso, témoins de Jésus au risque de leur vie dans leurs terres livrées aux bandits. Dans les années qui viennent, la leçon d’espérance reçue dans la grâce de ce jubilé doit nous accompagner, nous devons l’inscrire en nous, car elle nous sera nécessaire. Il convient en effet au chrétien d’agir en ce monde selon l’espérance qui est en lui, et non pas en réaction aux peurs du temps, aux troubles de l’époque.
L’espérance des mages les amène à se prosterner devant celui qui est né, le véritable roi, le berger du peuple, son sauveur éternel, déclenchant ainsi la fureur d’Hérode qui ne peut accepter qu’on se prosternât devant quiconque autre que lui. Notre espérance chrétienne nous a fait cette année nous prosterner devant le Dieu de miséricorde révélé en Jésus Christ. Et cela veut dire de refuser de s’incliner devant quelque autre puissance que ce soit. Le chrétien n’a pas d’autre berger que le Seigneur, pas d’autre maître, pas d’autre roi. Et il y a trop d’Hérode dans ce monde, la mode est trop aux autocrates, aux hommes forts qui osent s’ériger en espérance providentielle pour ne pas se rappeler cette leçon des mages : faire un détour pour les éviter, après s’être prosterné devant le seul vrai roi, celui qui a donné sa vie pour nous. Nous l’avons appris durant cette année : en Jésus seul je mets mon espérance. Que rien d’autre et que nul autre ne vienne régner sur notre existence.
L’espérance mise dans le Seigneur nous fait prendre distance avec tout ce qui prétend régenter nos existences, dicter nos pensées, commander affection et détestation. Le monde médiatique, les distractions multiples, les réseaux sociaux, les opinions générales, le brouillard des fausses nouvelles n’ont pas à régner sur notre cœur, à régenter nos existences. Tout cela nous égare et nous entoure d’incertitudes et de craintes, tandis que l’espérance qui vient du Christ illumine, éclaire et guide.
L’année jubilaire se présente toujours comme une année de libération. Que ceux d’entre nous qui souffrent d’oppressions ou d’aliénations, et elles peuvent être de nombreuses sortes, intérieures comme extérieures, trouvent dans l’espérance chrétienne le soutien continu dans leur combat. Que le Seigneur les délivre de tout mal. Je pense au témoignage entendu à Noël, à la prison de Salon, de la part d’un détenu baptisé à Pâques, et de son expérience de libération intérieure et de profonde transformation.
Les mages ont donné l’or, l’encens et la myrrhe. En-deçà du sens symbolique, spirituel et prophétique de ces offrandes, il nous faut imiter le geste même : ils ont déposé devant le petit enfant Dieu ce qu’ils avaient de plus précieux. Et ils ont transporté ce précieux fardeau sur de très grandes distances pour l’abandonner auprès de l’enfant, s’en dépouiller, et repartir plus léger. Notre pèlerinage jubilaire, même s’il n’a pas été aussi long que celui des mages, nous a déplacé et nous a invité à déposer auprès de l’enfant, non pas des fardeaux, mais des cadeaux, et c’est ce que nous faisons encore aujourd’hui, déposant nos actions de grâce, sachant que nous n’avons rien à offrir au Seigneur que nous ne l’ayons reçu de Lui.
Que la grâce de l’espérance vous accompagne chaque jour, que le Seigneur la fasse briller en vous d’autant plus dans les moments et lieux obscurs. Quelle soit le moteur de votre action de chrétien, l’étoile qui vous guide chaque jour et vous donne courage à chaque instant.
Amen
Prononcée dans la Cathédrale Saint-Trophime, Arles, 4 janvier 2026