Homélie de Mgr Delarbre – 25 décembre 2025 – Fête de la Nativité

Homélie de Mgr Christian Delarbre, archevêque d’Aix-en-Provence et Arles

Fête de la Nativité – 25  décembre 2025

Noël, la pâque pour les petits enfants

« Homme éveille-toi. Pour toi, Dieu s’est fait homme ! »[1] s’exclame saint Augustin dans une homélie pour le jour de Noël. En ce matin entre tous les matins du monde, éveille-toi, enfant des hommes, pour toi, le Fils de l’homme s’est éveillé. Eveille-toi, oh toi qui dors relève-toi d’entre les morts, il est né le maître de la vie. Par ces exclamations, vous percevez combien le matin de Noël a grandement à voir avec l’autre grand matin du mystère, le matin de Pâques. Saint Jean ouvre son Evangile par un grand prologue où il ne nous raconte pas la naissance de Jésus, comme le fait la tradition recueillie par saint Luc auprès de la famille du Christ. Il ne nous raconte pas la Nativité et néanmoins il connait vraiment d’où vient le Christ et cette connaissance lui vient de l’expérience pascale qui fut la sienne. Il n’était pas auprès de la crèche de Bethléem, mais il était un autre matin dans le précieux jardin au seuil d’un tombeau ouvert. Il ne vit pas les langes, mais il vit les linges du suaire. Il ne vit pas l’enfant emmailloté, il vit les bandelettes roulées à part, à leur place. Il ne vit pas la crèche, il vit le creux du tombeau et qu’il était vide. Il ne vit pas la présence d’un petit enfant des hommes, il vit l’absence du Fils de l’homme crucifié. Souvenez-vous que lui, le disciple que Jésus aimait, ce matin-là, il vit et il crut.

 

De son côté, l’Evangéliste Luc, lorsqu’il relate la naissance de Jésus insiste par deux fois sur ceci : vous verrez « un enfant nouveau-né, emmailloté et couché dans une mangeoire ». Cela n’est pas dit en vain. Pensez que dans la nuit froide, l’étable est à peine chauffée par le souffle des bêtes, cette étable semblable peut être à ces grottes de bergers que l’on montre encore aujourd’hui aux pèlerins à quelques distances de Bethléem, un creux dans le rocher, l’enfant devrait bien plutôt être tenu tout contre le corps de sa sainte mère afin de le garder du froid. Mais non, l’Evangéliste insiste, par trois fois, sur ce nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire (Lc 2,7.12.16). Ce creux de la crèche évoque un autre creux. Ce rocher, un autre rocher, cette nuit une autre nuit plus tragique et ce petit corps laissé à terre tout emmailloté, un autre corps laissé à terre enveloppé de linges. Cette naissance humaine annonce un sacrifice, un corps livré, comme la mort de Jésus annonce la vie éternelle. La naissance humaine d’un Dieu annonce la naissance à la vie divine d’un homme. Ce mystère est le même mystère.

 

C’est pourquoi l’apôtre saint Jean ne raconte pas la Nativité mais ouvre son Evangile par la révélation dont il est le témoin véridique. La révélation finale qui est tout le message est annoncée dès les premiers mots tandis que tout le propos à venir de son Evangile conduira le disciple, pas après pas, à la suite du Christ, pour être témoin des sept signes[2] que Jean a choisi parmi tous les signes si nombreux que les livres de la terre ne sauraient les contenir, sept signes jusqu’au huitième signe du huitième jour, au pied du tombeau vide.

 

Saint Luc relate l’engendrement humain du Fils de Dieu, saint Jean énonce l’engendrement divin du Verbe fait chair. « Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. (…) Le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire. » (Jn 1,11.14)

Les siens ne l’ont pas reçu, mais vous qui aujourd’hui le recevez et le contemplez dans le dénuement de la crèche, vous aussi vous êtes nés de Dieu, sa naissance est aussi votre naissance. Sa naissance humaine est votre naissance divine. Sa naissance à la vie mortelle est votre naissance à la vie éternelle. Et son sang humain hérité de la Vierge et versé pour vous coule en vos veines aussi comme son corps né de la femme et sacrifié pour vous est aussi votre corps.

 

La joie de Noël est aussi naturelle à l’être humain qu’est inexprimable la joie du matin de pâques. Mais c’est le même mystère, le même mystère de l’amour de Dieu pour les hommes, de sa puissante espérance, alors qu’il se révèle d’une toute autre manière, à la manière d’une naissance et non d’une mort, le bois de la crèche plutôt que le bois de la croix, les cris de naissance d’un nouveau-né et non les cris d’un supplicié, la manière des petits enfants et non de la croix, les petites mains d’un enfançon et non les mains percées de clous. Noël, c’est Pâques pour les petits enfants.

 

Vous venez adorer l’enfant nouveau-né lié dans les linges de l’humanité, soyez les témoins du ressuscité délié des linges du tombeau. Vous venez en silence contempler dans le silence, l’enfant muet encore, entendez le Verbe divin énoncer la Parole de vie. Vous venez à l’annonce de l’ange proclamant la Bonne Nouvelle, l’Evangile de la naissance du messie, allez proclamer l’Evangile du Royaume, la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu pour tous les hommes. Homme éveille-toi, pour toi, Dieu s’est fait homme. En ce matin de Noël, relève-toi comme au matin de Pâques !

 

Amen

[1] Sermon CLXXXV pour le Jour de Noël. Au bréviaire, Office des lectures du 24 décembre.

[2] Les noces de Cana (Jn 2,1) ; la guérison du fils de l’officier (Jn 4,43) ; la guérison du paralytique (Jn 5,1) ; la multiplication des pains (Jn 6,1) ; Jésus marche sur les eaux (Jn 6,16) ; la guérison de l’aveugle-né (Jn 9,1) ; la résurrection de Lazare (Jn11,1).

 

Prononcée le 25 décembre 2025, Cathédrale Saint-Sauveur, Aix-en-Provence
Année A

 

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