Homélie de Mgr Delarbre – Vendredi Saint 2026

Homélie de Mgr Christian Delarbre, archevêque d’Aix-en-Provence et Arles

VENDREDI SAINT

Le Saint-Nom et le Cœur sacré

Seigneur Jésus, avec toute l’Eglise, je poursuis la contemplation de ta personne, au soir de ta passion qui vient nous mériter le salut. L’auteur sacré lui-même décrit avec précision dans son récit les événements, les actions, les lieux et tous ceux qui sont impliqués. Il affirme avec solennité, au terme du récit, que : « Celui qui a vu rend témoignage et son témoignage est véridique ». Il est véridique en effet, tant dans la relation des événements que dans la vérité plus profonde qui vient au jour. Pour te contempler, Seigneur, au moment où tu donnes ta vie et verses ton sang par amour, je me laisserai guider par l’auteur inspiré qui a vu de ses yeux de chair et de ses yeux de foi.

 

Seigneur Jésus, je te vois donc par ses yeux debout face à ceux qui viennent t’arrêter. Tu les interpelles « Qui cherchez-vous ? » Et ils répondent en prononçant ton nom. Oui, ils prononcent ton saint nom, ces bandits venus avec des épées et des bâtons, à l’heure la plus sombre de la nuit, à l’heure la plus sombre du monde. « Jésus » est désormais le Saint Nom de Celui qu’il était jusqu’alors interdit de nommer, le Nom du Très-Haut, Adonai, le Seigneur, Celui qui est, qui était et qui vient. Tu le révèles par ta réponse « Moi je le suis ». Elle dévoile le Saint Nom divin que nul ne pouvait prononcer « Jésus », le seul Nom par lequel nous pouvons nommer le Seigneur, parce qu’il a pris nom d’homme. Le seul Nom par lequel nous sommes sauvés. « Jésus », voilà ton Saint-Nom proféré par les bandits. Ils tombent donc, repoussés, bousculés, mis à terre. A l’auteur sacré qui voit et contemple, ton Saint-Nom redoutable est révélé et il en porte témoignage.

 

Chaque mouvement du récit, chaque parole prononcée, chacun des versets inspirés de ce récit porte en lui de profonds mystères, mais la nuit avance, il est vain de vouloir épuiser le mystère, au risque d’épuiser l’auditoire et au moment où il convient davantage de vivre le mystère que de le commenter. Seigneur Jésus, je ne contemplerai donc ce soir qu’un autre moment de ta Passion, à l’autre bout du récit, lorsque tu viens de remettre au Père l’Esprit qui bientôt viendra en Pentecôte sur tous ceux pour qui tu as livrés ta vie, lorsque le soldat brandit la lance et perce ton côté d’où jaillit le sang et l’eau. L’auteur lui-même s’arrête alors car il n’y a pas seulement à voir ce qui est décrit, il y a à contempler. L’eau traversée de la Mer rouge pour sauver le peuple des Egyptiens, le sang de l’agneau pascal répandu sur le bois pour écarter l’ange destructeur. L’eau qui jaillit du côté du temple et rend vie à toute la vallée de la désolation. Le sang du sacrifice versé sur le peuple pour le pardon de ses péchés. L’eau de la Samaritaine pour laquelle il n’y a pas à puiser mais que tu nous as donnée en source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. Le sang de la coupe du salut par lequel tu demeures en nous et nous demeurons en toi. L’eau vive des sources baptismales qui jaillissent de la croix. Le sang eucharistique vers lequel les baptisés peuvent enfin monter. L’eau et le sang jaillissant de ton cœur sacré, donnant naissance à ton Eglise. L’eau qui nous purifie, le sang qui nous donne la vie.

Seigneur Jésus, avec toute l’Eglise, et par l’œuvre du récit inspiré de l’auteur sacré, je contemple combien l’œuvre de mort et de destruction est maintenant déchirée pour que soit dévoilée ta gloire éternelle devant laquelle avec toute l’Eglise, je m’incline le cœur empli d’action de grâce.

AMEN

Prononcée le vendredi 3 avril 2026, Vendredi Saint, Cathédrale Saint-Sauveur, Aix-en-Provence

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