Homélie de Mgr Delarbre – Messe chrismale 2026
Homélie de Mgr Christian Delarbre, archevêque d’Aix-en-Provence et Arles
Messe chrismale
Onction de joie et de service
Frères et sœurs dans le Christ, chers diacres au service du service de l’évêque, chers prêtres collaborateurs dans le sacerdoce, chers consacrées dans la vie religieuse, témoins du royaume !
Le prophète Isaïe s’exclame de joie parce que l’Esprit du Seigneur est sur lui, parce qu’il est consacré par l’onction, parce qu’il proclame une bonne et joyeuse nouvelle et qu’il annonce que tous recevront cette huile de joie. Le Seigneur Jésus a accompli la parole du prophète en étant la source de l’onction. Les paroles du prophète sont réalisées par le Christ Jésus en sa personne, mais plus encore, par le Seigneur Jésus qui répandit sur l’Eglise entière de ses disciples l’onction de l’Esprit saint. Nous tous, disciples de Jésus, nous avons en effet reçu cette onction de joie le jour de notre baptême et de notre confirmation. Et cette joie trouve son comble à la pensée de ceux et celles qui, plus nombreux que jamais cette année encore, vont approcher de la source baptismale pour renaître dans le Christ à une vie nouvelle et être consacrés par l’onction de l’Esprit Saint. La joie du prophète est votre joie ! Et les termes d’Isaïe parlent de vous : vous êtes appelés prêtres du Seigneur et servants de notre Dieu. Vous l’êtes tous par la force du baptême qui a fait de vous les membres vivants et agissants du corps du Christ.
L’Eglise est ainsi dite toute entière charismatique, et combien nous comprenons cela avec force en ce jour de messe chrismale, où sont consacrées les saintes huiles qui fortifient, purifient, guérissent, exaltent et sanctifient. Eglise toute entière charismatique parce que vous avez reçu l’onction du Saint-Esprit. Il agit en vous, il vous comble de ses dons pour que vous accomplissiez la mission reçue du Christ, annoncer l’Evangile aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé et proclamer aux captifs la libération. Comme Isaïe encore, qui répondit « me voici » à l’interrogation « qui enverrai-je ? » qu’il entendit au temple de la voix puissante du Très-Haut, au moment du sacrifice, dans la gloire de l’encens, toi aussi, tu entends la voix du Seigneur dire : « qui enverrai-je ? » Et tu réponds d’une voix forte « me voici ! »
Cette réponse le catéchumène le dit le jour de son appel au baptême. Le confirmand le dit le jour de l’onction. Le diacre et le prêtre et l’évêque le disent le jour de leur ordination, la religieuse le dit le jour de ses vœux qui la consacrent au Seigneur. Il appelle, tu avances. Il interroge, tu réponds. A sa voix, tu te lèves.
C’est cela une Eglise toute entière charismatique, elle est une Eglise de serviteurs, une Eglise de disciples qui se lèvent à l’appel de leur Seigneur, de disciples qui n’ignorent pas qu’ils ont reçu le plus grand de tous les dons, mais qui demandent seulement : « Seigneur que veux-tu que je fasse ? » Et qui n’ont pas peur d’entendre la réponse du Seigneur pour servir la mission spirituelle qu’il veut leur confier. Frères et sœurs, vous devez donc avoir pleine confiance dans l’Esprit du Seigneur qui est en vous. Là où vous vivez, dans vos familles, dans votre quartier, vous n’êtes rien de moins que les apôtres du Seigneur. Il vous appelle, répondez, il vous envoie, allez !
L’évêque et avec lui les prêtres ont reçu une onction supplémentaire, l’onction sacerdotale. Elle n’en est que d’avantage une onction de service. L’onction visible apposée sur les mains pour les prêtres, sur la tête pour l’évêque, est le signe de l’onction invisible reçue par l’imposition des mains. C’est l’onction source. Tous vous recevez l’onction de Jésus, vous ne la recevez pas de vous-mêmes, il convient donc bien que vous la receviez de quelqu’un, qui est le Christ. C’est pourquoi le Seigneur a disposé dans l’Eglise ceux qui, en son nom, en sa personne, en son acte, donneront l’onction qui vient de lui. Et c’est pourquoi l’évêque consacre les saintes huiles et il consacre les ministres de cette onction. Tout le peuple reçoit le sacerdoce par l’onction baptismale, mais puisque tous reçoivent, il convient que cela leur soit donné.
Il y a ainsi l’onction pour recevoir l’Esprit et en vivre – l’onction que tous reçoivent, et l’onction seconde – instrumentale – pour conférer le don de l’Esprit. Instrumentale, dit-on, car la main qui donne l’onction, main du prêtre et main de l’évêque, est le signe visible, rien que le signe, de Celui qui véritablement agit invisiblement. Mais cet instrument, malheur à lui s’il défaille, s’il se prend pour la source, s’il se donne pour la source, lui qui n’est rien devant Dieu, s’il n’est pas un instrument humble et fidèle, un serviteur de ce qui lui a été confié. Mes frères dans le sacerdoce, vous allez dans un instant renouveler les promesses de votre ordre. Pesez les mots que vous dites. Pesez aussi avec la plus grande des gravités combien ces mots vous engagent devant Dieu. Tremblez, comme je tremble chaque jour, de les avoir dits et de ne pas les accomplir.
Il ne convient pas seulement de donner l’onction aux fidèles, mais il vous revient de croire avec grande foi que, oui, c’est bien l’onction de l’Esprit que vous avez conférée. Ne contredisez pas votre geste et votre parole en tenant pour rien l’onction donnée. Le peuple des fidèles a l’Esprit qui fait élever la prière devant Dieu. Il est le peuple sacerdotal qui offre le sacrifice que vous servez. Il n’est pas une masse indistincte et passive, mais les membres du corps du Christ qui témoignent visiblement de sa présence en tout lieu ! En chacun réside un appel secret qui attend d’être proclamé et entendu. Ils ont reçu l’Esprit, et donc le service. Ne contristez pas l’Esprit, dites-vous bien que tous ont reçu du Seigneur une mission, humble, au service de l’Eglise et de leurs frères et sœurs humains, un témoignage de l’Evangile à porter. Ils ne sont nullement destinés à briller devant les hommes, certes, mais à accomplir avec amour dans le service qui leur est confié la grâce du baptême.
Une Eglise toute entière charismatique, c’est une Eglise qui grandit par les dons de l’Esprit, comme un corps grandit, parce que chacun des membres grandit aussi et que tous gagnent ensemble en force, dans la différence des appels et des missions. Les catéchumènes attendent avec impatience la grâce de leur baptême, ils attendent avec plus d’impatience encore de pouvoir vivre de cette grâce chaque jour, ils espèrent trouver dans l’Eglise des modèles et des encouragements, des lieux aussi où ils puissent exercer pour le bien de tous ce qu’ils ont reçu en particulier. On ne peut conférer l’onction de force à un catéchumène sans lui permettre de s’exercer par cette force à la conversion et à la vie chrétienne. On ne peut conférer l’onction de sainteté à un fidèle sans en même temps l’aider en Eglise à suivre son chemin de sainteté. On ne peut conférer l’onction qui sauve et guérit à un malade sans l’appeler à être un membre vivant de son Eglise, dans le corps visible et dans le corps invisible à venir. On ne peut donc conférer l’onction baptismale à un fidèle sans en même temps l’appeler à être apôtre de Jésus. Frères prêtres, dites-vous que tous, absolument tous ceux que vous voyez ici devant vous, l’Eglise de l’onction spirituelle, tous et chacun des membres de ce peuple sacerdotal sont appelés à exercer le don qu’ils ont reçu, dans son infinie diversité, dans sa profonde unité qui est la communion dans l’amour. Il leur revient de répondre à l’appel du Seigneur que porte chaque onction et il vous revient à vous de tout éprouver sans rien éteindre.
AMEN
Prononcée le lundi 30 mars 2026, Messe chrismale, Cathédrale Saint-Sauveur, Aix-en-Provence
Homélies de la Semaine Sainte 2026