Homélie de Mgr Delarbre – Dimanche de Pâques 2026

Homélie de Mgr Christian Delarbre, archevêque d’Aix-en-Provence et Arles

Dimanche de Pâques

« Réalités d’en-haut »

Alléluia, christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité, alléluia !
« Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre » nous exhorte l’apôtre Paul en nous rappelant que nous sommes ressuscités avec le Christ. Et la Pâques que nous célébrons est aussi devenue notre Pâques. Ce passage – cette Pâques – des réalités de la terre aux réalités d’en-haut est précisément ce qu’ont vécu les premiers témoins du ressuscité, Marie-Madeleine, Pierre et l’autre disciple. Ils sont amenés à détourner leur regard des réalités de la terre – les linges, le tombeau – et l’élever par la foi vers ce qui leur avait été annoncé et qu’ils n’avaient pas su entendre.

Dans la page suivante de l’Evangile, Marie-Madeleine doit passer de cet homme qu’elle prend pour le jardinier au Christ ressuscité lui disant « Va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon père qui est votre père ». Les saintes femmes sont venues regarder avec tristesse le tombeau de leur ami et l’ange, le messager d’en-haut, les renvoie dans la confusion et dans la joie. Quant aux deux disciples sur la route d’Emmaüs, c’est leur cœur brûlant qui reconnaîtra le Seigneur avant leurs yeux baissés sur la poussière du chemin. Le témoignage de ces hommes et de ces femmes qui ont vu le Christ ressuscité venir à eux, relate une rencontre qui les a obligés à passer des réalités de la terre aux réalités d’en haut. Certes, ils ne manqueront pas ensuite de se confronter aux réalités de la terre, voyageant, annonçant, mettant en pratique l’Evangile au milieu des nations, de se confronter aussi à l’hostilité, la haine et pour beaucoup la mort violente à cause de leur témoignage. Mais tout cela ne serait pas possible s’ils ne s’étaient d’abord tournés vers les réalités d’en-haut pour ne jamais ensuite les quitter. D’eux, nous apprenons cela : c’est bien en étant tourné vers le Ciel que nous pouvons vraiment assumer et vivre les réalités de la terre.

Les baptisés de Pâques, hier soir, sont passés des réalités terrestres aux réalités d’en-haut. Leur être de chair n’a pourtant pas changé, ni les réalités de leur quotidien terrestre. Mais les voilà admis sur le chemin des réalités d’en-haut, par la naissance nouvelle du baptême. Revêtus du vêtement du Christ, illuminés de la lumière du Christ, fortifiés par l’onction de l’Esprit saint brillant à leur front, ils sont entrés en créatures nouvelles dans la cité de Dieu, ils sont passés, à la suite de Jésus, de ce monde au Père. Quant à vous, qui êtes venu ce matin célébrer avec toute l’Eglise la Pâques du Seigneur, qui est aussi votre Pâques, vous êtes venus vous tourner vers les réalités d’en haut. Contrairement à beaucoup de vos contemporains, à beaucoup de membres de vos familles aussi, je suppose, à beaucoup de vos amis et voisins, ce dimanche matin, vous avez quitté votre domicile pour vous diriger vers cette église.
Vous avez quitté un instant votre demeure terrestre pour entrer et demeurer quelques instants dans la demeure de Dieu, vous êtes passés des plafonds de votre appartement, aux voûtes élevées qui attirent votre regard vers le ciel. Par cela, vous êtes vraiment des témoins des réalités d’en-haut dans le monde matériel. Vous répondez avec joie à l’invitation de l’apôtre : « Pensez aux réalités d’en-haut et non à celles de la terre » d’autant plus que nous célébrons ce matin le mystère de la résurrection du Sauveur, qui nous a ouvert le chemin du Ciel.

Les réalités d’en haut dont parle l’apôtre sont évidemment les réalités divines. Le terme grec employé par Paul est avo, le haut, avec l’idée du mouvement de bas en haut, et comme verbe, l’idée d’achèvement, d’accomplissement, de croissance. Les réalités d’en-haut, celles qui sont achevées, accomplies. Les réalités de la terre, en comparaison, sont des ombres fugaces, passagères, inachevées. Nous en faisons chaque jour l’épreuve. Ce que nous pensions certain et stable se révèle finalement fragile et passager. Nous en sommes à vivre presque au jour le jour, nous qui avions projet de maîtriser notre vie et que nos sociétés seraient éternelles et domineraient toute chose. Ceux qui ne sont attachés qu’aux réalités de la terre sont donc bien malheureux en ce moment, car tout leur parait comme du sable entre les doigts. Ils ressentent, sans hélas le comprendre, ce que chantait sainte Thérèse de Lisieux : « Si je ne vois Dieu, brillante nature, tu n’es rien pour moi, qu’un vaste tombeau » . Un tombeau vide et la pierre jetée à bas.

Le Christ vivant, le Seigneur, est la réalité d’en-haut par excellence, celui qui accomplit toute chose, qui nous entraîne de la mort à la vie, des réalités terrestres aux réalités divines, du tombeau au trône de gloire. Il n’élimine pas la création terrestre, il la fait entrer, avec son corps, dans son achèvement. Il ne nous évade donc pas de nos réalités quotidiennes, il leur donne leur sens véritable, il en fait un chemin vers le ciel. Ce qui parait une impasse, l’existence humaine finie, déterminée, est entraîné sur ses épaules qui ont porté la croix jusque dans le sein du Père

Que ce jour de Pâques, illuminé par la gloire du Ressuscité, éclaire et renforce votre foi et votre vie de chrétien pour toute l’année à venir ! Que lorsque vous serez troublés par les changements de l’existence, les épreuves, les incertitudes du temps et les angoisses du quotidien, vous vous tourniez vers les réalités d’en haut, c’est à dire vers le Seigneur, lui est notre rocher et notre salut.

Alléluia, Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité, alléluia !

AMEN

Prononcée le dimanche 4 avril 2026, Dimanche de Pâques, Cathédrale Saint-Sauveur, Aix-en-Provence

Homélies de la Semaine Sainte 2026

Rameaux 2026

Messe Chrismale

Jeudi Saint

Vendredi Saint

Vigile Pascale

Dimanche de Pâques

 

 

Partager