Homélie de Mgr Delarbre – Confirmations adultes 23 mai 2026
Homélie de Mgr Christian Delarbre, archevêque d’Aix-en-Provence et Arles
Vigile de Pentecôte à la cathédrale Saint-Sauveur
La soif et la source – confirmation des adultes Aix
« Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive, celui qui croit en moi ! »
Cette soif, vous l’avez ressentie dans votre existence à un moment ou à un autre. Vos lettres sont remplies de l’évocation de cette soif mystérieuse, qui pour beaucoup vous faisait croire en Dieu depuis tout jeune, tenter de le prier, de le chercher dans une église, dans la nature. Souvent, vous n’avez d’abord pas trouvé de guide pour vous conduire à la source d’eau vive qui est le Seigneur, et vous avez cherché seuls pendant longtemps. Parfois, au contraire, ces guides étaient présents mais sur le moment, à cause de votre jeunesse, de l’influence des autres, de votre propre indifférence du moment, vous n’y avez pas répondu tout de suite. Mais cette soif était toujours là. Soif de vivre, soif d’être et d’exister, soif d’amour, soif de sens, soif de justice, soif de protection, soif de présence. Cette soif elle est en tout être humain, de toute condition. Elle est en nous la marque du Dieu Créateur.
Certes nous sommes nés de la chair et du sang, mais nous sommes nés aussi de l’Esprit de Dieu qui souffla sur la chair et qui lui donna la vie. Comme dans la vision d’Ezéchiel, notre vie est déjà le mystère merveilleux de la conception et de la naissance dans la chair, mais le mystère plus merveilleux encore de l’Esprit qui donne vie, intelligence et capacité à aimer. Ainsi la soif que vous avez ressentie et qui vous conduit jusqu’ici ce soir, est la marque en chacun de vous que vous êtes créés de Dieu, avec une âme immortelle et promise à l’immortalité, et que, étant ainsi venus de Dieu, vous demeurez sans repos tant que vous ne demeurez pas en Dieu. Vous vous éprouvez en exil tant que vous n’avez pas rejoint la maison du Père d’où vous êtes issus.
Donc oui, vous avez ressenti en vous cette soif qui est celle de tous. Vous avez aussi fait l’expérience qu’un être humain a mille manières de chercher à combler cette soif. Par sa propre vie, par ses activités, ses pensées, son art, sa poésie, ses capacités créatrices, relationnelles, affectives, tous ces dons que Dieu nous laisse libre d’employer alors même qu’on ignore qu’il en est la source. Mais cela reste un commencement, le début d’un chemin, cela désaltère, sans étancher la soif… C’est comme une cruche dont on ignore la source où l’eau a été puisée.
Et puis il y a tout ce qui vient au contraire, non pas combler cette soif mais tenter de nous en détourner, de l’oublier. Pour le tentateur, le fait de dépendre de cette soif lui est insupportable et c’est ainsi que de créature céleste, il est tombé. Et c’est ainsi qu’il cherche à nous entraîner dans sa chute. Par la distraction, par la peur, par l’orgueil, par la crainte de manquer, par le besoin de posséder, par la violence, par l’expérience du mal, par le mal que l’on commet, par le mal que l’on nous a fait, et puis la tentation du désespoir, du néant, « que la vie ne vaut rien, rien ». On a soif, mais on a rejeté la source. On s’est détournés de Dieu, de ses dons, de ses bienfaits, et malheureux et perdus, on ne le cherche plus. Mais Dieu est si grand et si grande la soif qu’il laisse en l’homme, que ces épreuves, ce mal, ces péchés eux-mêmes peuvent venir à faire aspirer à retrouver la source. Lorsque notre âme ainsi égarée a erré dans le désert durant des années, elle n’est que d’autant plus assoiffée. Je salue parmi vous ceux et celles qui ont ainsi traversé bien des déserts, souffert bien des épreuves avant de retrouver le chemin du puits d’eau vive, avant que par la grâce de Dieu vous découvriez combien la source ne vous avait en fait jamais quitté, le Seigneur votre créateur demeurant en vous secrètement. « La vie ne vaut rien, rien, mais rien ne vaut la vie »[1]!
« Et de son cœur couleront les fleuves d’eau vive » continue Jésus.
Car il ne convient pas au Seigneur de seulement combler votre soif, mais faire de vous dans le désert du monde des sources d’eau vive ! Par la foi, vous recevez l’Esprit-Saint qui comblera votre soif, alors vous aurez heureusement toujours soif, et vous vous réjouirez éternellement d’étancher votre soif. En vous- même, comme dit saint Paul, l’Esprit intercèdera pour vous et viendra au secours de votre faiblesse. Mais vous aurez désormais mission de guider vos frères et sœurs vers la source, vous qui l’avez trouvée avant eux. Vous devenez des prophètes comme l’annonçait Joël : « vos fils et vos filles prophétiseront, je répandrai mon esprit en ces jours-là » A vrai dire, cela fait partie de votre expérience et c’est très souvent relaté dans vos lettres. A certains moments de votre vie, des personnes ont témoigné de la source qui est le Seigneur, par leur foi, par leur prière, où en partageant ce qu’elles avaient déjà découvert de Dieu, la joie d’avoir trouvé la source. Et alors, votre soif intérieure s’est éveillée et vous vous êtes laissés guider. Un ami vous a amené à la messe. Un enfant a demandé le baptême. Un conjoint vous a frappé par son exemple de vie chrétienne. Une grand-mère priante vous a laissé le souvenir d’une femme qui avait trouvé la source. Un prêtre ou une religieuse a su répondre à vos questions. Vous aurez toujours besoin de ces guides et de ces témoins, car la foi est une relation vivante et non une chose possédée une fois pour toute et le tentateur est toujours à l’affût pour nous faire oublier la soif, négliger la source et nous égarer dans le désert. Vous aurez donc besoin pour persévérer de la foi des autres chrétiens. C’est ce que l’on appelle l’Eglise, la communauté des croyants. Mais en même temps, ayant reçu le même Esprit, vous rejoignez la foule des témoins, vous êtes membre de l’Eglise, votre propre foi y sera le soutien de la foi de beaucoup, votre exemple inspirera d’autres, à votre tour, vous indiquerez à ceux qui vous entourent, le chemin vers la source. Amen.
[1] La vie ne vaut rien, Alain Souchon (2001), citation d’André Malraux issue de son roman Les Conquérants publié en 1928 : « J’ai appris que la vie ne vaut rien, mais que rien ne vaut une vie. » (Source Wikipedia)
AMEN
Prononcée le 23 mai 2026, Vigile de Pentecôte, Cathédrale Saint-Sauveur, Aix-en-Provence