Homélie de Mgr Delarbre – 25 Mai 2026- Saintes-Maries-de-la-Mer
Homélie de Mgr Christian Delarbre, archevêque d’Aix et Arles
Lundi de Pentecôte au Pèlerinage de Mai, aux Saintes-Maries-de-la-Mer
Leur histoire est notre histoire
Les saintes que nous vénérons au cours de notre pèlerinage ne sont pas des êtres légendaires ou imaginaires. Ce sont des femmes de Galilée, des juives qui étaient à Jérusalem avec Jésus, des mères dont les enfants furent les premiers disciples du Seigneur, puis ses apôtres c’est-à-dire ses envoyés. L’Ecriture en témoigne dans les deux textes que nous avons entendus : celui de l’Evangile de Marc et celui des Actes des apôtres. Textes que nous connaissons bien pour les relire à chacun de nos pèlerinages.
Justement, le fait de relire toujours ces mêmes textes a une importance et un sens précis. Ces lectures ancrent notre pèlerinage dans l’histoire du salut. Elles empêchent que celui-ci se réduise à un folklore pittoresque mais vide de sens, juste bon à attirer les touristes et à alimenter les machines à images qui gouvernent désormais notre monde et inscrivent sur chacun d’entre nous la marque de la bête. Ou, qu’aux yeux des esprits critiques, il ne soit qu’une survivance des pratiques médiévales faites de superstitions religieuses, d’opium du peuple et de carnaval. Ce serait plus rationnel de supprimer tout le bazar pour laisser enfin place nette à l’aliénation du matérialisme marchand. Ou encore qu’il soit, pour des esprits faibles en quête de mystique à deux balles, un « lieu chargé d’énergie spirituelle réputé pour ses vertus de purification, d’éveil et de libération émotionnelle » je n’invente rien ! Quand vous cherchez sur internet sanctuaire des Saintes Maries vous tombez hélas sur ces âneries new age que je viens de lire….
Eh bien non. Le pèlerinage est inscrit dans l’histoire, dans les événements du salut qui se sont déroulés à Jérusalem. Ces disciples, hommes et femmes, ont connu Jésus, ont mangé avec lui, ont voyagé avec lui, l’ont vu et entendu, ont été terrifiés et désespérés par sa mort, ont été bouleversés par sa résurrection d’entre les morts : attestation de la vérité de son message et de sa personne. Et enfin, ont été envoyés par la puissance de l’Esprit Saint aux quatre coins du monde et jusqu’à ce port de Provence, à partir duquel le message de l’évangile s’est répandu le long des voies romaines à toute la Gaule. Notre pèlerinage s’inscrit dans l’histoire de ces hommes et femmes, petites gens du peuple transformés par la rencontre du Christ en intrépides témoins de la vie bienheureuse.
Un pèlerinage inscrit cette histoire du salut dans notre propre histoire personnelle. Marcher avec les saintes c’est prendre la route empruntée d’abord par ces hommes et femmes. La route du Christ lui qui est le chemin, la vérité et la vie. C’est un saut à travers le temps. Nous le vivons ensemble, comme ils étaient ensemble, premier germe de l’Eglise que nous sommes aujourd’hui. Nous suivons ce chemin parfois avec peine comme pour ces femmes qui peinèrent allant vers le tombeau. Nous confions nos misères comme elles confièrent les leurs au Seigneur. Nous recevons la joie de croire comme elles entrèrent dans la joie. Nous accueillons les premiers signes de la vie éternelle comme elles reçurent du Seigneur d’entrer dans la vie.
Car un pèlerinage c’est d’abord une expérience de la résurrection. Ces femmes sont vivantes et sont entrées dans la vie à la suite du Christ. Sans cela quel sens pourrait-il y avoir à les honorer aujourd’hui ? Le Dieu de Marie Jacobé, de Marie Salomé et de Sarah n’est pas le Dieu des morts mais des vivants. De cela, elles-mêmes en furent les témoins. Ainsi notre marche à leur suite sur cette terre de Provence est la préparation et l’anticipation de l’entrée dans le Ciel. Il est une espérance pour chacun. Notre chemin de l’existence, aussi pavé d’épreuves, de labeurs, de fatigues puisse-t-il être, est quoi qu’il arrive la promesse de la vie éternelle, de l’accomplissement dans l’amour de Dieu, l’espérance de la vie plus forte que tout mal et toute mort. Ayez confiance et n’ayez pas peur car ces femmes sont témoins de l’Espérance et vous vous êtes mis à leur école et à leur suite. Que le Dieu que suivirent nos saintes vous bénisse et vous garde.
AMEN
Prononcée le 25 mai 2026, lundi de Pentecôte, Saintes-Maries-de-la-Mer