Méditation de carême : 31 mars 2019

DSC_0195

Par Marc Tongalahy

Séminariste du diocèse de Nice

4ème dimanche de Carême, année C

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 15, 1-3.11-32

Chers frères, aujourd’hui nous allons partager la réflexion sur le passage de l’évangile selon saint Luc 15,1-3.11-32. Nous savons que Luc est l’évangéliste de la miséricorde et de la joie messianique. Dans ce passage, nous avons entendu que Jésus est accusé par les scribes parce qu’il accueille les pécheurs et les fréquente assez souvent. Alors Jésus veut leur faire comprendre l’attitude de Dieu envers les pécheurs. C’est pour cela qu’il leur raconte la parabole de l’enfant prodigue. Cette parabole met en scène trois personnages: le père, le fils prodigue et le fils aîné.

Nous allons maintenant nous pencher sur chacun de ces personnages pour bien comprendre le contenu de cette parabole.   

Commençons d’abord par le fils aîné dont on ne parle que très peu et pourtant, c’est bel et bien celui dans lequel beaucoup d’entre nous pourraient se reconnaître. Il est sérieux, travailleur et fidèle. Mais il pense que sa fidélité lui donne des droits et surtout le droit de juger les autres qui ne sont pas comme lui: son frère cadet par exemple.  Il reste au niveau du «do ut des» c’est-à-dire  « donnant donnant », au niveau du droit et ne peut pas absolument comprendre son père qui pardonne. N’ayant jamais expérimenté la perdition,  il ne sait pas ce que peut représenter le fait de revenir à la vie. Cette mentalité du « fils aîné » est toujours d’actualité.

    Ensuite jetons un regard sur le fils cadet, communément appelé «enfant prodigue». Il entreprend un parcours de la vie loin de la maison du père. Il veut être libre ; il demande la part de fortune qui lui revient. Puis, il s’en va mener sa vie comme il l’entend. Par voie de conséquence il va mener une vie de désordre en dilapidant sa fortune. Sans tarder, il se trouve dans le besoin, affrontant beaucoup de difficultés : le travail dur dans les champs, la famine et le déshonneur.  Alors quelque chose d’extraordinaire arrive : il se rappelle d’avoir un père. Il rentre en lui-même et se rend compte que la maison de son père est une maison d’abondance. Tout le monde se sent bien chez lui. Il décide de retourner : « je me lèverai, j’irai vers mon père et je lui dirai : Père, je péché contre le ciel et envers toi.»(v.18) Cependant, nous pouvons constater que peut-être la motivation du retour chez le Père de la part du fils prodigue, se trouve dans le besoin de manger.

Enfin, nous en arrivons au protagoniste principal, c’est-à-dire le Père. Son attitude est surprenante. Bien que son fils ait dilapidé ses biens, il a toujours l’espoir de le retrouver sain et sauf. En le voyant revenir, il est saisi de compassion: « il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers» (v.20). Il est dans la joie d’accueillir son fils qui était perdu et qui est maintenant retrouvé. Il veut le rétablir dans la dignité de fils:« vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds, allez chercher le veau gras, tuez-le et mangeons… » (vv.22-23). On commence à festoyer.

       La joie du Père n’est pas du tout acceptée par le fils aîné qui au retour des champs, refuse de se mêler à la fête. Il prétend être l’unique fils qui a droit à être récompensé. Il ne pense qu’à la rétribution. Il est fâché contre son frère et son père.

En définitive, le Père raconté dans ce passage de l’évangile de Luc est caractérisé par un cœur miséricordieux. L’accent est mis sur l’attitude du Père qui fait la fête pour son fils qui retourne à la maison. Les deux fils représentent les deux sortes de péché: le premier (fils aîné) manifeste une attitude d’exclusion et d’orgueil, le second (le fils prodigue) est habité par un esprit de vagabondage et il n’est pas attentif à sa vie, voulant vivre loin de son père. C’est ce qui arrive à chacun de nous quand nous prenons le chemin du péché en dilapidant la grâce et l’amour de Dieu. Mais parfois il nous arrive quelque chose d’encore plus grave: nous sommes très orgueilleux et nous pensons que nous sommes parfaits et que les autres ne sont pas dignes.

Donc le sens de la parabole se trouve dans le cœur miséricordieux du Père qui dépasse la stricte justice : il se réjouit et jette dans les oubliettes tout le mal que son fils lui avait fait. Il l’accueille à bras ouverts. Il se réalise un précieux passage: des relations anciennes basées sur l’obéissance et la loi, on passe à des relations plus profondes, plus chaleureuses c’est-à-dire des relations basées sur l’amour, le pardon, le respect filial.

       Devant un Père qui aime ses enfants, rien ne peut nous ôter la dignité et la liberté. C’est ce que signifient le beau vêtement, la bague au doigt et les sandales aux pieds. Retournons vers Dieu pour retrouver notre dignité de fils de Dieu car Il nous attend toujours pour faire la fête avec nous si nous renonçons au péché pour vivre en observant ses commandements. Ainsi en ce temps de carême Jésus nous invite à rentrer en nous-mêmes et surtout à entrer dans cet esprit du Père qu’il a voulu nous révéler: esprit d’accueil, esprit de pardon, esprit de tendresse.

Amen.

Méditation prononcée lors des vêpres du mardi 26 mars 2019 au séminaire.