L’appel divin interpelle et implique l’être humain concret. Il est nécessaire que la formation au sacerdoce offre les moyens adéquats pour faciliter la maturation du candidat en vue d’un exercice authentique du ministère presbytéral. Pour cela, le séminariste est appelé à développer sa personnalité en ayant comme modèle et principe le Christ, l’homme parfait[1].
Par votre volonté d’entrer en formation au séminaire, vous manifestez une grande générosité, qui peut parfois être ternie par une tendance à l’individualisme, ou qui peut être entravée par les blessures parfois profondes que vous portez. Répétons ici que ce qui est attendu de vous est la docilité intérieure à l’Esprit et à ce que l’Esprit insuffle au Séminaire Saint-Luc (notamment à travers ce projet de formation et la règle de vie pour l’organisation de la maison). Nous n’attendons pas de vous une perfection, mais une capacité humaine suffisante, qui s’intègre dans le temps : ce n’est pas parce que vous n’arrivez pas à être parfait sur tel ou tel point que vous n’avez pas reçu un appel réel au sacerdoce.
Au Séminaire Saint-Luc, les séminaristes présentent des parcours de vie extrêmement variés, du fait des différences d’âge et de milieux sociaux d’origine, des expériences de formation supérieure et/ou d’expérience professionnelle, etc. Loin d’être un empêchement à une belle vie communautaire, ces différences sont autant d’occasion de se laisser déplacer par son frère, lui aussi en formation. Pour le dire de manière claire : ne devenez pas de vieux garçons, veillez à ne pas vivre la vie communautaire comme un entre-soi, dans un vase clos.
Ayez au contraire le souci de ne pas vivre une formation « hors-sol », c’est-à-dire d’incarner votre appel dans toutes les dimensions de votre vie personnelle, y compris les dimensions sociales de celle-ci. L’Incarnation doit être le pilier central de votre vie à la suite du Christ, car, comme l’écrivait l’un des maîtres spirituels du Séminaire, Maurice Blondel, « l’action de l’homme demeure coextensive à celle de Dieu »[2].
Trois objectifs sont visés dans cette formation humaine : relire et intégrer votre histoire personnelle, grandir dans votre humanité et être un homme de communion.
La formation affective, relationnelle et sexuelle sera importante, notamment durant l’année propédeutique et le 1er cycle, afin de manifester la dimension positive de la sexualité, de vous aider à accueillir le don du célibat, de vous rendre apte à la solitude et vous apprendre à vous y engager, mais aussi pour ouvrir à la chasteté pastorale.
Nous attendons de vous que vous travailliez à acquérir et/ou développer les qualités humaines d’écoute et de compassion, ainsi que les principes des règles de discernement ignacien[3].
Enfin, on ne saurait être un bon pasteur sans manifester une ouverture fondamentale à la culture et au monde.
Le Séminaire met en œuvre de nombreux moyens pour vous faire vivre ces déplacements intérieurs, par des propositions très concrètes (sport, cuisine, bricolage, sorties culturelles, etc.), mais aussi par des lectures spirituelles régulières, des sessions, des propositions d’accompagnement psychologique, par l’apprentissage de la paternité (via la responsabilité dans la maison ou en paroisse), par les partages en fraternités et la correction fraternelle. Enfin, il est incontournable qu’un prêtre puisse très régulièrement relire sa vie (et son ministère) afin de rester attentif aux motions de l’Esprit. Pour cela, l’équipe des formateurs vous aide à cultiver en vous un esprit de relecture avec votre accompagnateur spirituel, le Recteur, votre tuteur, le directeur des études, votre curé, etc.
[1] RFIS 93.
[2] Lettre sur l’apologétique, 166, 1896.
[3] Cf. RFIS 93 : « Il est nécessaire de cultiver l’humilité, le courage, le sens pratique, la magnanimité de cœur, la droiture du jugement et le discernement, la tolérance et la transparence, l’amour de la vérité et l’honnêteté ».