Comme les dimensions humaines et spirituelles de la formation, la dimension intellectuelle participe de l’unité et du dynamisme de celle-ci. « Par l’étude, surtout de la théologie, le futur prêtre adhère à la Parole de Dieu, grandit dans la vie spirituelle et se dispose à accomplir le ministère pastoral »[1].
Les connaissances ne sont rien sans un approfondissement et une conversion de l’intelligence par la lumière de l’Esprit. Les grands spirituels sont ceux qui se sont laissés éclairés par l’Esprit.
Si nous évoquions plus haut la portée évangélique d’une vie droite et donnée[2], cela ne doit pas minimiser la nécessité de travailler les mystères de la foi pour les annoncer. C’est ce qu’écrivait saint Paul VI dans Evangelii Nuntiandi : « la Bonne Nouvelle proclamée par le témoignage de vie devra donc être tôt ou tard proclamée par la parole de vie. Il n’y a pas d’évangélisation vraie si le nom, l’enseignement, la vie, les promesses, le Règne, le mystère de Jésus de Nazareth Fils de Dieu ne sont pas annoncés »[3].
Les études au séminaire sont longues, approfondies et demandent un travail persévérant et sérieux. Cette exigence du travail intellectuel se réalise en fonction des aptitudes de chacun, notamment du fait de votre formation avant l’entrée au séminaire. C’est un péché que de ne pas puiser au maximum de ses capacités dans la richesse de la science théologique pour ne pas transmettre aux brebis le meilleur de celle-ci[4]. « Viser l’essentiel du ministère intellectuel que Dieu [vous] a confié » est l’ascèse à laquelle nous vous invitons. Comme l’écrit Maurice Blondel, il s’agit de « laisser de côté les satisfactions immédiates d’apostolat, écarter les tentations d’action rapide et superficielle, savoir me refuser aux sollicitations même bonnes, afin de [se] consacrer à la tâche obscure, profonde, onéreuse »[5].
Notre monde pousse particulièrement à la recherche d’une efficacité immédiate de notre travail, et l’Église est régulièrement tentée par cette efficacité séduisante – mais qui est un contre-témoignage évangélique. Il y a là un grave péril dans le domaine intellectuel[6]. Là encore, Maurice Blondel est d’un grand secours pour comprendre le sens de la formation intellectuelle : « il faut travailler sans se demander jamais : A quoi cela sert ? Qu’est-ce que cela vaut ? N’ayons pas la prétention de jouer à nous seuls tout un concert, ni de nous plaire à écouter notre partie. Agissons : nos actes sont les pierres d’un édifice inconnu ; nous ne sommes que les manœuvres, pas l’architecte »[7].
Les études au séminaire ne constituent pas un long bloc monolithique de six années. Trois cycles sont établis pour structurer la dynamique de la formation intellectuelle. Ils seront présentés plus loin[8].
Pour fonder, structurer et soutenir votre formation intellectuelle, le Séminaire Saint-Luc s’appuie sur le directeur des études, qui, avec le conseil d’études, organise et anime la vie intellectuelle de la maison. Il est de tradition au Séminaire Saint-Luc que le corps professoral soit varié quant à l’origine des professeurs ou à leurs états de vie. Avec les tuteurs, les professeurs portent le souci de s’adapter à chaque séminariste pour lui permettre de donner le meilleur de lui-même, quel que soit son parcours avant l’entrée au séminaire.
Afin de susciter un esprit communautaire de travail, une véritable émulation intellectuelle, l’apprentissage et la consolidation d’une méthode personnelle de travail, des temps d’études quotidiens sont prévus chaque après-midi.
Un grand soin est porté à la restitution des savoirs, tant par la modalité des examens que par les formations en homilétique et à l’éloquence, la reprise des « mots spirituels », etc.
Précisons enfin deux caractéristiques de la formation intellectuelle au Séminaire Saint-Luc.
La première est l’attention à la visée missionnaire de la formation intellectuelle, demandée par les Ratios, par les cours de théologie pastorale, par les relectures pastorales[9], les reprises d’expériences avec leurs curés.
La seconde caractéristique est l’importance de l’ouverture intellectuelle et, dès lors, de l’ouverture de cœur, par l’intérêt porté à l’œcuménisme afin que les séminaristes « puissent apporter leur concours au rétablissement de l’unité entre tous les chrétiens » et aux autres religions « afin qu’ils découvrent mieux ce qu’elles ont, par une disposition divine, de vrai et de bon, qu’ils apprennent à en réfuter les erreurs, et qu’ils puissent communiquer la pleine lumière de la vérité à ceux qui ne l’ont pas »[10].
[1] RFIS 165.
[2] Cf. Introduction.
[3] EN § 22. CF. VD 97.
[4] Lc 19, 12s.
[5] Carnets intimes, vol. II, Cerf, Paris, 1966, p. 171.
[6] Comme dans les domaines spirituels et pastoraux.
[7] Carnets intimes, vol. I, p. 150.
[8] Cf. § 244, 253 et 26.
[9] Cf. § 224.
[10] Cf. OT 16. Dans cette tâche d’ouverture et de dialogue, l’Institut de Sciences et Théologie des Religions de Marseille est précieux.
2 années de 1er cycle : « cycle de formation du disciple-missionnaire »
Au cours du premier cycle, le séminariste suit les enseignements en semaine jusqu’au samedi matin. Les matières enseignées au cours de ces deux années sont :
- La philosophie : Anthropologie, métaphysique, Philosophie grecque, épistémologie,
- L’étude de l’Ecriture Sainte (Genèse, Exode ; les Evangiles selon saint Jean, Matthieu et Marc)
- La théologie fondamentale (Révélation et Crédibilité de la Révélation)
- La théologie morale fondamentale
- L’Histoire de l’Eglise
- La culture générale
- Le latin
- La liturgie
- La théologie patristique
- Le chant
3 année de 2ème cycle : « cycle de configuration au Christ Tête et Pasteur »
Les cours se déroulent du lundi au vendredi matin. Les matières enseignées sont :
- La théologie morale fondamentale et la théologie morale spéciale (conjugale et familiale ; économique, politique et sociale ; bioéthique)
- L’étude de l’Ecriture Sainte (livres prophétiques et sapientiaux ; lettres de saint Paul ; Apocalypse ; Evangile selon saint Luc ; etc.)
- L’Histoire de l’Eglise
- La théologie dogmatique : les sacrements ; l’ecclésiologie ; la christologie
- Le droit canonique
- La philosophie de la religion
- La théologie patristique
- Le grec et l’hébreux
- Le chant
Le troisième cycle : année diaconale, ou année de synthèse vocationnelle
Les diacres reçoivent un ministère composé de trois semaines par mois en paroisse et une semaine par mois au Séminaire. Ces temps de formations au Séminaire permettent de relire leur mission, de recevoir des enseignements dans des modalités nouvelles en Ecriture Sainte, en théologie des sacrements, mais aussi de se former sur des aspects pratiques du ministère diaconal et presbytéral.
Extraits de Pastores Dabo Vobis aux numéros 51 à 53 :
La formation intellectuelle, bien qu’ayant ses exigences spécifiques, est profondément liée à la formation humaine et spirituelle, au point d’en constituer une dimension nécessaire: elle se présente en fait comme une exigence de l’intelligence par laquelle l’homme «participe à la lumière de l’intelligence divine» et cherche à acquérir une sagesse qui, à son tour, porte à connaître Dieu et à adhérer à lui.
La formation intellectuelle des candidats au sacerdoce trouve sa justification spécifique dans la nature même du ministère ordonné, et le défi de la «nouvelle évangélisation» à laquelle le Seigneur appelle l’Église au seuil du troisième millénaire la rend plus urgente aujourd’hui. «Si tout chrétien – écrivent les Pères synodaux – doit être prêt à défendre la foi et à rendre compte de l’espérance qui vit en nous (cf. 1 P 3, 15), à plus forte raison les candidats au sacerdoce et les prêtres doivent-ils apprécier la valeur de la formation intellectuelle dans l’éducation et dans l’activité pastorales; en effet, pour le salut de leurs frères et de leurs soeurs, ils doivent acquérir une plus profonde connaissance des mystères divins.
L’étude de la philosophie, qui conduit à une compréhension et à une interprétation plus profondes de la personne, de sa liberté, de ses relations avec le monde et avec Dieu, est un élément essentiel de la formation intellectuelle. Elle se révèle d’une grande urgence, d’abord en raison du lien qui existe entre les problèmes philosophiques et les mystères du salut, étudiés en théologie, à la lumière de la foi, mais aussi en raison de la situation culturelle, aujourd’hui si diffuse, où prévaut le subjectivisme comme mesure et critère de la vérité. Seule une saine philosophie peut alors aider les candidats au sacerdoce à développer une conscience réfléchie du rapport constitutif qui existe entre l’esprit humain et la vérité, vérité qui se révèle pleinement à nous en Jésus Christ. On ne doit pas minimiser l’importance de la philosophie, sous prétexte de garantir cette «certitude de vérité» qui, seule, peut être à la base du don total de la personne à Jésus et à l’Église. Il n’est pas difficile de comprendre que certaines questions très concrètes, comme l’identité du prêtre et son engagement apostolique et missionnaire, sont profondément liées à la question, nullement abstraite, de la vérité. Si l’on n’est pas certain de la vérité, comment peut-on mettre en jeu sa vie entière, et avoir la force d’interpeller sérieusement celle des autres ?
La formation intellectuelle du futur prêtre se fonde et se développe surtout dans l’étude de la sacra doctrina, la théologie. La valeur et l’authenticité de la formation théologique dépendent du respect scrupuleux de la nature propre de la théologie, que les Pères synodaux ont ainsi résumée: «La vraie théologie provient de la foi et entend conduire à la foi». C’est cela que l’Église, et spécialement son Magistère, ont constamment proposé. C’est cette ligne qu’ont suivie les grands théologiens qui ont enrichi la pensée de l’Église au long des siècles. Saint Thomas est on ne peut plus explicite quand il affirme que la foi est comme l’habitus de la théologie, c’est-à-dire son principe d’opération permanent, et que «toute la théologie est ordonnée à nourrir la foi.