La formation pastorale et missionnaire

« Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile. Nécessité inconditionnée, obligation sans contrepartie. L’impulsion vient du dedans. Un appel se fait entendre aussi du dehors, mais ce n’est pas cet appel qui la détermine. Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile : mot mystérieux et profond. Si je cesse d’évangéliser, c’est que la charité s’est retirée de moi. Si je n’éprouve plus le besoin de communiquer la flamme, c’est qu’elle ne brûle plus en moi ».

Ces mots d’Henri de Lubac[1] évoquent la flamme qui dévore le berger – et qui est appelée à consumer de plus en plus le cœur du futur berger[2].

La perspective de la mission est appelée à irriguer l’ensemble du contenu de la formation au séminaire : « la mission met en mouvement toutes les dimensions de la personne et est un facteur d’intégration »[3]. Le Séminaire Saint-Luc est animé par une ardeur missionnaire en plaçant explicitement cette dimension au cœur de son projet de formation, en développant une « « culture missionnaire » qui se traduit par des attitudes, des actions, des réflexions, des ouvertures spirituelles dans le quotidien de la formation »[4].

Cela se manifeste dans le souci que vous, premier acteur de votre formation pastorale et missionnaire, porterez à connaître le monde et ses questions, à travailler théologiquement sur les fondements de la mission et de l’évangélisation, à cultiver la proximité et un juste rapport au réel, à apprendre le discernement pastoral, à favoriser la communion missionnaire et la synodalité.

Le séminaire vous offre un temps privilégié pour cela, le temps pour que l’Esprit Saint forme en vous, progressivement, une personnalité de pasteur apte à recevoir les ordres sacrés.

Pour acquérir et développer cette posture pastorale, le moyen privilégié et fondamental est l’insertion en paroisse. Au Séminaire Saint-Luc, le choix est de vous offrir de fréquents et longs temps de vie en paroisse, dès le 1er cycle, afin que votre cœur soit transformé par le contact avec « le terrain », et par le service humble et fidèle du peuple de Dieu.

Vous apprendrez ainsi à être de bons prêtres diocésains avec des curés et des prêtres portant la cura animarum. Ils vous transmettront leur regard sur le monde et sur les âmes, sur le Christ et sur l’Église, et surtout leurs espérances. Vous veillerez aussi à apprendre des laïcs, en particulier des jeunes animés du feu missionnaire[5], des diacres et des religieux(ses). Avec eux vous apprendrez le travail en équipe et la coresponsabilité, vous vous formerez au dialogue pastoral qui suscite la communion dans la diversité.

Ces temps en paroisse sont des temps importants pour vous éduquer à la chasteté pastorale, pour appréhender de manière heureuse l’aspect répétitif et parfois routinier de la vie paroissiale, et pour fuir la recherche de l’efficacité pastorale. « Lorsque vous aurez fait tout ce qui vous été prescrit, dites : nous sommes de simples serviteurs, nous avons fait ce que nous devions faire »[6].

L’équipe du Séminaire veille à favoriser la dimension expérientielle missionnaire pendant le temps de votre formation, par votre participation à diverses expériences d’évangélisation concrètes proposées par des communautés religieuses, des communautés nouvelles, des mouvements divers ou des diocèses. Ces moments, riches spirituellement mais aussi affectivement, contribuent fortement à un éveil et à une joie missionnaire[7]. Ils oxygènent la pratique et la réflexion pastorale du prêtre et du futur prêtre diocésain.

Les cours de théologie pastorale en 2ème cycle, ainsi que les temps de relecture au séminaire et en paroisse vous permettent de recueillir les fruits de ces expériments paroissiaux et extra-paroissiaux, tout en repérant vos freins humains et spirituels pour mieux chercher à les convertir[8].

[1] In Le fondement théologique des missions, 1946, Ed. du Seuil, Paris, p. 41.

[2] Cf. La flamme qui dévore le berger, du prêtre aixois Paul Xardel, Cerf, Paris, 1969.

[3] Mgr Patrón Wong, Conférence, in Le don de la vocation presbytérale, Édition de la Conférence des Évêques, Bayard Éditions, Mame, Cerf, Paris, 2017, p. 234.

[4] RN 246.

[5] Pape François, Lettre aux prêtres, 31 mai 2020 : « Laissons-nous surprendre par notre peuple fidèle et simple, si souvent éprouvé et déchiré, mais aussi visité par la miséricorde du Seigneur. Que ce peuple nous enseigne à façonner et tempérer notre cœur de pasteur avec la douceur et la compassion, avec l’humilité et la magnanimité de la résistance active, solidaire, patiente et courageuse, qui ne reste pas indifférente, mais qui dément et démasque tout scepticisme et fatalisme ».

[6] Lc 17, 10.

[7] Cf. RN 248.

[8] La Ratio nationalis évoque les difficultés relationnelles, l’autoréférentialité ecclésiale et la peur du changement.

 


Pourquoi vivre une insertion paroissiale ?

L‘insertion en paroisse fait partie de la formation d’un futur prêtre, au même titre que la formation intellectuelle et spirituelle. Elle permet de découvrir la spécificité du ministère presbytéral qui est avant tout d’être envoyé par l’évêque pour être serviteur de la communion. Elle permet également de percevoir ce qu’est l’Eglise dans sa diversité et ses richesses, notamment par l’expérience de la collaboration entre prêtres, diacres, religieux, religieuses et laïcs.

L‘insertion en paroisse, telle qu’elle est proposée, se fait en collaboration avec le Séminaire, pour que le séminariste puisse percevoir ce vers quoi il chemine. Elle doit être diversifiée au fur et à mesure de la formation par des changements de paroisses. En effet, les paroisses n’étant pas identiques, il est important que le séminariste touche à la diversité propre à chaque réalité paroissiale d’un diocèse.

La paroisse qui accueille un futur prêtre s’enrichit par sa présence qui permet d’éveiller la communauté chrétienne à un appel à une vocation spécifique. Car une communauté chrétienne ne peut pas vivre sans ministères ordonnés. Les chrétiens au contact du séminariste découvrent avec bonheur que Dieu appelle et, par leur soutien spirituel, amical, humain, l’aident à approfondir l’appel de Dieu.

Partager