Le bon samaritain… et Vincent Lambert

Après avoir prêché sur la mort de Vincent Lambert le dimanche 14 juillet 2019 à Simiane, Mgr Dufour a décidé d’adapter son homélie pour en faire un édito. Voici ces deux textes.

 

Édito – Vincent Lambert est mort

La parabole du bon Samaritain m’a inspiré pour vous parler d’une situation extrême dont nous avons vu cette semaine le dénouement : Vincent Lambert est mort le jeudi 11 juillet au Centre Hospitalier de Reims. Pourquoi en parler ? Pour mettre un peu de sagesse et de sérénité après des mois de débats douloureux – et j’ose dire honteux – dans lesquels cet homme blessé n’avait pas la parole. Je me garderai bien de juger qui que ce soit. Vincent Lambert est maintenant dans le grand silence de la mort, il nous inspire le recueillement et la prière. Prions le Ressuscité de l’accueillir dans la vie éternelle.

Au départ, il y a un drame : l’accident de la route de Vincent Lambert qui a gravement atteint son cerveau, que les urgentistes ont réveillés de son coma et qui vit depuis dans un état de conscience altérée, privé de communication.

Vincent Lambert est aimé. Une épouse et des parents se font proches de lui. Ils obéissent au commandement de l’amour, mais ils ne l’interprètent pas de la même manière. Pour les parents : « Tu aimeras » signifie « Tu ne porteras pas atteinte à sa vie ». Pour son épouse Rachel : « Tu aimeras » signifie « Tu mettras fin à cette vie, par amour pour lui qui l’aurait demandé ». Des idéologues vont s’emparer de ce conflit familial et le transformer en combat idéologique « pour ou contre l’euthanasie ». Beaucoup de mensonges, de vérités tronquées, de médisances et de calomnies. Un peu de recul et de sagesse sont nécessaires pour apprendre à vivre de manière la plus juste possible le commandement de l’amour.

Brièvement trois observations avant d’en tirer deux leçons.

  • Vincent n’était pas malade, et il n’était pas en fin de vie. Il était dans un état de handicap très sévère, privé de communication. Sa conscience était gravement altérée, mais la science n’a pas aujourd’hui les moyens de mesurer le degré de conscience.
  • On peut s’interroger sur les raisons pour lesquelles Vincent Lambert n’a pas été transporté dans un établissement spécialisé. Il en existe 140 en France, pour un peu plus de 1500 patients dans cet état. Il aurait bénéficié de soins plus adaptés, notamment les soins d’orthophonistes, d’ergothérapeutes, de kinésithérapeutes qui, à Reims, n’avaient pas le droit d’accéder à sa chambre.
  • La décision d’arrêter les traitements était légale ; nous ne la contestons pas de ce point de vue ; aucun recours n’a finalement eu gain de cause. Mais on peut s’interroger : de quels traitements s’agit-il ? L’alimentation et l’hydratation sont-ils considérés comme des traitements ? C’est l’ambiguïté de la loi Léonetti qui ne le précise pas.

Quelles leçons pouvons-nous tirer pour nous, à la lumière de l’Evangile ?

  • Tu ne jugeras pas. Seul Dieu sonde les consciences.
  • Tu écriras des directives anticipées. La loi Léonetti le demande. J’ai demandé à une équipe de médecins de se préparer à aider les catholiques de ce diocèse à rédiger leurs directives anticipées, dans le respect de deux principes éthiques de l’Eglise catholique : tu ne porteras pas atteinte à la vie humaine ; tu ne t’acharneras pas dans le traitement médical.
  • Tu admireras ceux qui accompagnent les personnes cérébro-lésées et tu les encourageras. Je cite Jean, époux d’Emilie fauchée par un chauffard ivre : « Je ne conçois pas de le laisser seule ici » ; il la visite chaque jour. Je cite Marie, épouse de Jacques victime d’un accident de vélo en 2012 : « Il me sourit quand j’arrive ; si je tends ma joue, il me fait un bisou… » Elle lui coupe et lime les ongles, lui lit des magazines vélo… Les soignants sont tous aux petits soins pour ces personnes ; je note qu’à Montpellier aucun patient n’a demandé une mort anticipée.

Ces personnes ont un immense courage qui suscite en nous l’admiration. Ils sont les bons samaritains auprès de l’homme blessé. Nous en sommes fiers. Ils sont les témoins de la dignité humaine dans ce qu’elle a de plus beau. Nous portons ces bons samaritains dans notre prière et nous en rendons grâces.

+ Christophe DUFOUR, archevêque d’Aix-en-Provence et Arles

Le dimanche 14 juillet 2019

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Homélie de Mgr Christophe DUFOUR

Simiane, Dimanche 14 juillet 2019, 15ème dimanche ordinaire année C

Frères et sœurs, la question est posée à chacun de nous : « Est-ce que je me serais arrêté sur mon chemin pour prendre soin de l’homme blessé, à moitié mort, dans le fossé ou sur le trottoir au bord de la route ? » Chacun – et moi le premier – peut ici faire son examen de conscience pour toutes les fois où il a tourné la tête pour faire semblant de ne pas voir à côté de soi une personne dans la détresse. La parabole du Bon Samaritain nous invite à vivre le sommet de toute vie chrétienne : la miséricorde. Un seul être humain a atteint ce sommet, c’est le Christ. En lui, Dieu s’est rendu proche de l’humanité blessée, fragile et misérable. En lui, Dieu s’est rendu proche de tout être humain, et il nous appelle à nous rendre proches de tout être humain, pauvre, malade, exclu, en prison. « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».

Cette magnifique parabole m’a inspiré de vous parler d’une situation extrême dont nous avons vu cette semaine le dénouement : Vincent Lambert est mort le jeudi 11 juillet au Centre Hospitalier de Reims. Pourquoi en parler ? Pour mettre un peu de sagesse et de sérénité après des mois de débats douloureux – et j’ose dire honteux – dans lesquels cet homme blessé n’avait pas la parole. Je me garderai bien de juger qui que ce soit. Vincent Lambert est maintenant dans le grand silence de la mort, il nous inspire le recueillement et la prière. Prions le Ressuscité de l’accueillir dans la vie éternelle.

Au départ, il y a un drame : l’accident de la route de Vincent Lambert qui a gravement atteint son cerveau, que les urgentistes ont réveillés de son coma et qui vit depuis dans un état de conscience altérée, privé de communication.

Vincent Lambert est aimé. Une épouse et des parents se font proches de lui. Ils obéissent au commandement de l’amour, mais ils ne l’interprètent pas de la même manière. Pour les parents : « Tu aimeras » signifie « Tu ne porteras pas atteinte à sa vie ». Pour son épouse Rachel : « Tu aimeras » signifie « Tu mettras fin à cette vie, par amour pour lui qui l’aurait demandé ». Des idéologues vont s’emparer de ce conflit familial et le transformer en combat idéologique « pour ou contre l’euthanasie ». Beaucoup de mensonges, de médisances et de calomnies. Un peu de recul et de sagesse sont nécessaires pour apprendre à vivre de manière la plus juste possible le commandement de l’amour.

Brièvement trois observations avant d’en tirer deux leçons.

  • Vincent n’était pas malade, et il n’était pas en fin de vie. Il était dans un état de handicap très sévère, privé de communication. Sa conscience était gravement altérée, mais la science n’a pas aujourd’hui les moyens de mesurer le degré de conscience.
  • On peut s’interroger sur les raisons pour lesquelles Vincent Lambert n’a pas été transporté dans un établissement spécialisé. Il en existe 140 en France, pour un peu plus de 1500 patients dans cet état. Il aurait bénéficié de soins plus adaptés, notamment les soins d’orthophonistes, d’ergothérapeutes, de kinésithérapeutes qui, à Reims, n’avaient pas le droit d’accéder à sa chambre.
  • La décision d’arrêter les traitements était légale ; nous ne la contestons pas de ce point de vue ; aucun recours n’a finalement eu gain de cause. Mais on peut s’interroger : de quels traitements s’agit-il ? L’alimentation et l’hydratation sont-ils considérés comme des traitements ? C’est l’ambiguïté de la loi Léonetti qui ne le précise pas.

Quelles leçons pouvons-nous tirer pour nous, à la lumière de l’Evangile ?

  • Tu ne jugeras pas. Seul Dieu sonde les consciences.
  • Tu écriras des directives anticipées. La loi Léonetti le demande. J’ai demandé à une équipe de médecins de se préparer à aider les catholiques de ce diocèse à rédiger leurs directives anticipées, dans le respect de deux principes éthiques de l’Eglise catholique : tu ne porteras pas atteinte à la vie humaine ; tu ne t’acharneras pas dans le traitement médical. Je me rappelle cet homme chez qui on avait diagnostiqué un cancer avancé et qui me demandait s’il était obligé d’accepter une opération ; je l’ai invité à demander au médecin comment et combien de temps il vivrait et pouvait espérer vivre ; je lui ai dit que, selon l’Eglise catholique, il n’était pas obligé de demander l’opération.
  • Tu admireras ceux qui accompagnent les personnes cérébro-lésées et tu les encourageras. Je cite quelques témoignages emprunté au journal La Vie dans un reportage sur un hôpital spécialisé de Montpellier : Jean, époux d’Emilie fauchée par un chauffard ivre : « Je ne conçois pas de le laisser seule ici » ; il la visite chaque jour. Marie, épouse de Jacques victime d’u accident de vélo en 2012 : « Il me sourit quand j’arrive ; si je tends ma joue, il me fait un bisou… » Elle lui coupe et lime les ongles, lui lit des magazines vélo… Les soignants sont aux petits soins pour ces personnes ; je note qu’à Montpellier aucun patient n’a demandé une mort anticipée.

Ces personnes ont un immense courage qui suscite en nous l’admiration. Ils sont les bons samaritains auprès de l’homme blessé. Nous en sommes fiers. Ils sont les témoins de la dignité humaine dans ce qu’elle a de plus beau. Nous portons ces bons samaritains dans notre prière et nous en rendons grâces dans cette eucharistie. AMEN.

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