Édito de mars : « Permis de tuer? »

Pourquoi l’Église catholique n’accepte-t-elle pas que l’on inscrive un permis de tuer dans la loi d’un État ? À l’occasion des États généraux de la bioéthique, je voudrais ici éclairer la réponse à cette question de l’euthanasie.

Remarque préalable : cette question n’est pas concernée par la loi relative à la bioéthique ; elle a fait l’objet d’une loi particulière – la loi Léonetti votée en 2005 et révisée en 2016. C’est un lobby pro-euthanasie qui a convaincu le président Macron de la remettre en débat après seulement deux ans.

  • Rappelons que l’Église ne juge pas les personnes, elle respecte la conscience de chacun, elle ne juge que les actes et elle éclaire les consciences par un travail de raison éclairé par la foi.
  • L’acte est ici celui qui consiste à donner la mort dans le but d’abréger la souffrance de la fin de vie. Le but est louable car la souffrance est un mal.
  • Sachant que tout doit être mis en œuvre pour apaiser la souffrance physique et morale de la personne en fin de vie, l’alternative est donc : laisser venir la mort à son heure en accompagnant la personne par des soins palliatifs, ou donner la mort – les tenants de ce choix parlent ici de « suicide assisté », au nom du droit de l’individu à disposer lui-même de sa propre vie.
  • Repère fondamental : la vie est un don ; nul ne se donne la vie à soi-même. Le don de la vie humaine introduit donc la personne dans une relation. Pour préserver les relations à l’intérieur d’une société, un principe régit le droit : « Tu ne tueras pas ». Ce principe fonde le respect absolu de toute vie humaine, de sa conception à sa fin. Toute exception engendre de grands dommages sur les consciences. Une assistance au suicide serait en totale contradiction avec les efforts déployés pour la prévention du suicide, notamment auprès des jeunes.
  • Le principe du respect absolu de la vie humaine doit donc éclairer l’accompagnement des personnes en fin de vie. La loi Léonetti donne aux soignants, aux patients et aux familles des repères pour de bonnes pratiques qui évitent l’acharnement thérapeutique et développent les soins palliatifs. Ces soins palliatifs sont un art de soigner qui appartient aux soignants et nécessite le dialogue entre avec les patients et leurs proches. En légiférant sur la pratique médicale exceptionnelle d’une « sédation profonde et continue » jusqu’au décès, la loi de 2016 évite toute confusion entre sédation d’accompagnement de la fin de vie et une sédation qui provoque délibérément la mort.
  • Aucune révision de la loi de 2016 ne s’impose aujourd’hui. La loi appelle à consacrer des moyens beaucoup plus importants pour donner à chaque personne en fin de vie le droit aux soins palliatifs et développer au sein de notre société une véritable culture palliative qui respecte la vie humaine jusqu’à son dernier souffle. Seul cet accompagnement patient et plein d’amour témoigne de la dignité des humains devant la mort.

Le 31 mars prochain, nous entrerons dans la nuit de Pâques avec la certitude que la mort n’aura jamais le dernier mot. Nous avons en Jésus le témoignage que toute vie portée par l’amour ne peut pas mourir. Dieu, dans son éternel Amour, la fait ressurgir de la mort. Telle est l’espérance qui éclaire la vie par-delà la mort et la guide dès aujourd’hui dans l’amour de nos proches en fin de vie.

 

+ Christophe DUFOUR

Archevêque d’Aix-en-Provence et Arles

 

À lire :

http://www.catho-aixarles.fr/2018/02/bioethique-apaiser-les-souffrances-physiques-et-morales/

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