Le chant dilate le cœur pour aimer comme Dieu

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Le 21 juin a lieu la fête de la musique. Cette fête a lieu chaque année depuis 1982, premier jour de l’été. Les habitants sont invités à montrer leurs talents musicaux : concerts de rue, tout est possible. Certaines églises sont ouvertes pour présenter leurs orgues. La musique est importante dans la liturgie, dans le rite catholique. Que nous dit-elle de Dieu ? C’est la question posée cette semaine dans parole d’évêque.

Glorious, Hopen, Dei Amoris Cantores, Be witness, Laetare… autant de groupes de musique chrétienne qui composent, jouent, chantent leur foi. On continue de chanter les grands compositeurs, les Ave Maria de Gounod ou de Schubert, la Passion selon Saint-Jean de Bach… La religion a inspiré et inspire toujours les hommes, les musiciens. Monseigneur Christophe Dufour, bonjour ! Aimez-vous chanter ?

J’avoue que j’aime chanter, oui. Je ne suis pas un grand chanteur, je n’ai pas une oreille performante mais j’aime chanter, vraiment, beaucoup !

On a déjà entendu la phrase « chanter, c’est prier deux fois », de Saint Augustin, un philosophe et théologien du IVème siècle. Pourquoi, selon vous, Christophe Dufour ?

Je laisse à saint Augustin la paternité de son affirmation. Je pense que ce qu’il voulait dire, c’est qu’il y a dans le chant une dimension esthétique, une dimension du corps qui s’exprime aussi. La prière est souvent le mouvement de l’âme et de l’esprit. Et là, c’est le corps qui peut s’impliquer dans cette prière.

Cela veut dire que par le chant, toute la personne s’implique dans la prière ?

Nous sommes esprit, cœur, corps et âme, il faut que tout soit pris dans la prière pour monter vers Dieu.

Le chant permet d’exprimer des émotions… la prière est-elle plus fervente par le chant ?

C’est une question de cœur ! il peut y avoir des chants qui ne sont pas de prières. On peut avoir l’impression que tout le monde chante avec ferveur mais en fait les cœurs n’y sont pas. J’aime dire que la prière doit être branchée, branchée sur le courant du Saint Esprit. Une prière peut être vide du Saint Esprit. Dans ce cas, ce sont des formules. Il faut que cette musique et ces chants soient habités, habités par une présence. Et c’est un dialogue du cœur, du fond de l’âme entre Dieu et la personne ou la communauté.

Comment cela se passe-t-il ? Comment se branche-t-on à l’Esprit Saint ?

C’est une question de mise en présence du Seigneur au début. C’est ce que j’apprécie chez les groupes chrétiens que vous avez cités. A la sacristie, ils ont pris le temps de prier avant de monter sur scène. J’aimerais tant que tous ceux qui animent les messes, les animateurs, les lecteurs, prennent le temps de se recueillir avant chaque messe en disant « je suis au service du Saint Esprit qui travaille dans les cœurs ».

Les chrétiens expriment souvent leur enthousiasme, leur ressenti à propos d’une messe ou d’une célébration en disant : « ouah, les chants étaient superbes, j’ai été très touché par tel chant ». Ces émotions, ces ressentis sont-ils positifs ou négatifs ?

Si vous me demandez de répondre comme cela, je vais vous dire que c’est positif, s’il y a eu de la joie, de l’émotion… Mais est-ce le fruit de la prière, est-ce le fruit de Dieu lui-même qui a pu donner sa joie ? Il y a le chant de l’homme, de l’être humain, de la communauté qui chante, qui exprime sa joie, sa foi. Et Dieu répond, faisant un cadeau : c’est cette émotion, c’est ce bien-être. Le fruit ultime, c’est la capacité d’aimer. Le chant dilate le cœur pour aimer comme Dieu, à la manière de Dieu. Si notre cœur s’est dilaté et que Dieu a pu le remplir à cette occasion car nous lui avons ouvert notre cœur et notre âme,  notre esprit et notre intelligence, alors chanter, c’est prier infiniment, pas seulement deux fois.

N’est-il pas inquiétant que les chrétiens soient plus touchés par des chants que par l’eucharistie, le fait que l’on commémore le sacrifice de Jésus-Christ, qui est mort et ressuscité pour  sauver l’humanité de la mort et du péché ?

Une messe, une eucharistie durant  laquelle on chante et une eucharistie durant laquelle on ne chante pas, c’est le même don de Dieu. Il n’y a aucune différence. De la part de Dieu, c’est le même don. Ensuite il y a la réception du don. Le chant participe à la réception du don : créer une ouverture de l’âme et du cœur. Je pense qu’il faudrait aussi un peu de silence pour rythmer la célébration. Je trouve que les jeunes sont magnifiques de ce point de vue-là : ils sont capables de s’exciter dans le chant, s’exciter positivement, avoir le cœur qui se dilate et qui s’exprime magnifiquement dans des gestes. Ils accompagnent avec tout leur corps leur prière. Et puis après cela, on les voit avec une grande capacité de se recueillir dans le silence, comme s’ils étaient gourmands de la présence de Dieu. Comme si, après l’excitation du chant, ils goûtaient le fruit de la grâce de Dieu.

Le chant, est-ce seulement un message, une prière émise par les chrétiens vers Dieu, ou bien le chant nous dit quelque chose de Dieu ?

Oui, le langage de Dieu, c’est l’homme. Il n’a pas d’autre moyen de parler que nous. Par exemple, dans notre conversation, vous pouvez très bien recueillir quelques petites paroles de Dieu à travers ce que j’ai dit. D’ailleurs, toute la Bible, ce sont des paroles d’hommes.

Par contre, là où je suis très vigilant, c’est qu’il y a des chants pour la liturgie, et il y a les chants pour la fête, pour les veillées de prière, pour les processions, pour l’évangélisation, pour aller dans la rue, pour chanter en famille. Mais il y a des chants spécifiques, qui sont écrits pour la liturgie. Et je veille à ce que l’on respecte ce caractère plus particulier des chants liturgiques, selon le temps liturgique : on ne va pas chanter un chant de Noël à Pâques. J’aimerais bien que l’on retrouve les chants spécifiques pour chaque fête. Avant, on appelait cela l’antiphonaire : on savait que tel dimanche, on allait chanter tel chant d’entrée. C’était toujours le même, et on l’attendait, on l’attendait ce chant. Un petit peu comme pour Noel on attend le chant « il est né le divin enfant », « les anges dans nos campagnes… on est heureux de les chanter à Noël. Il faudrait que l’on soi heureux de chanter les beaux chants de Pâques, de la Toussaint, de la Pentecôte,  du baptême de Jésus, des fêtes. Que nous puissions avoir des chants spécifiques pour la liturgie qui nous rappellent le mystère que nous célébrons.

Il me semble que cela a été fait à Pâques, la Passion selon saint Jean écrite par le père Gouzes a été chantée à la cathédrale Saint-Sauveur…

Oui mais elle n’a pas été chantée dans le cadre d’une liturgie. Moi je parle du chant liturgique. Là c’était une veillée : certains sont venus pour un concert,  d’autres parce qu’ils aiment cette musique d’André Gouzes, mais pas forcément pour prier. Or dans la liturgie, on vient pour prier, pour recevoir un cadeau de Dieu. Il y a un emballage, une couleur liturgique pour chaque chant aussi. J’aimerais que l’on revienne à cette tradition car le chant a qelquechose d’initiatique, il fait rentrer dans le mystère.

Dans les actes des apôtres, ces histoires de la fondation des premières communautés chrétiennes, on parle du chant en langues comme un don de l’esprit. C’est pratiqué par les protestants, mais aussi par les communautés nouvelles. Qu’est-ce que c’est ?

Ce chant, c’est de la totale improvisation, et de l’improvisation individuelle. Une inspiration particulière des personnes qui n’expriment pas avec des mots, mais avec des sons qui ont une mélodie. On ne peut pas enfermer Dieu dans nos mots. Nos mots éclatent dans un chant mélodieux. Et ce qui est étonnant, c’est qu’il n’y a pas de disharmonie entre les voix. Alors saint Paul en parle et dit « attention, ne tirez pas orgueil de cela. C’est pour vous, c’est la grâce personnelle que Dieu veut vous donner ». Ne tirez pas orgueil de ce que vous chantez en langues, mais laissez votre cœur aimer Dieu, tout simplement.

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