L’importance du témoignage des laïcs dans la préparation au mariage

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Du 7 au 10 février 2019, Mgr Christophe Dufour a rendu entrepris la visite pastorale de la paroisse de Rognonas, Maillane, Graveson et Barbentane.Il y a rencontré les acteurs de ces clochers, et vécu avec eux leurs activités. Ces visites pastorales sont obligatoires pour tous les évêques catholiques : tous les 5 ans, avant de rendre compte au pape. Dimanche, Mgr Dufour a rencontré les accompagnateurs des futurs mariés. Le mois dernier, lors de la visite pastorale à Arles, il a vécu la journée des fiancés, rythmée par les témoignages de couples, des laïcs. La préparation au mariage prend-elle une nouvelle tournure ? Réponse avec Mgr Dufour, archevêque d’Aix et Arles, dans La Voix des églises sur RCF.

 

Addiction, burn-out, infidélité… ce sont les trois témoignages chocs entendus par les futurs mariés lors de la journée des fiancés d’Arles en janvier dernier. Les témoignages sont aussi au cœur de la journée des fiancés d’Aix le 2-3 février. Pour en parler, nous accueillons Mgr Christophe Dufour, archevêque d’Aix et Arles.
Vous aussi, vous avez entendu ces témoignages chocs de ces couples qui ont affronté l’addiction, ou l’infidélité, ou le burn-out. Ils ont expliqué comment Dieu les avait aidés à surmonter cette épreuve. Qu’avez-vous retenu de ces témoignages ?

D’abord, c’est l’extrême lucidité de ces couples sur ce qu’ils ont vécu. On voit qu’ils ont pris le temps de parler. C’est vraiment cette liberté de parole, cette beauté de l’échange qui les a sauvés. La meilleure thérapie c’est la parole, la parole de vérité où on ose se dire, et c’est une parole portée par la confiance.

Avez-vous été surpris que des témoignages aussi forts soient exprimés ?

C’est vrai qu’à l’occasion de ces journées, il faut un petit peu « forcer le trait ». Les témoins ont travaillé leur témoignage de façon à alerter les couples encore follement amoureux, qui n’ont peut-être pas encore d’expérience importante, même si certains ont déjà des enfants. Il a s’agit de les alerter sur des vraies questions et de montrer que par la parole, la patience et la foi chrétienne, le chemin peut se poursuivre dans l’adversité. Il n’y a pas de fatalité. C’est sûrement la leçon principale de ces témoignages : il n’y a pas de fatalité, même quand les couples se séparent – ce qui est arrivé – et bien ils ont pu se retrouver et vivre aujourd’hui un amour encore plus fort.

Mgr Dufour, pensez-vous qu’il faille mettre le témoignage au cœur de l’accompagnement des futurs mariés ?

Je pense que c’est l’inverse qu’il faut faire. L’accompagnement des futurs mariés est premier, et les témoignages qu’ils vont recevoir à un instant T de leur chemin vont provoquer quelque chose et c’est pourquoi, après cette journée forte de témoignages, il faut qu’ils puissent le reprendre en accompagnement au mariage avec un accompagnateur. Cet accompagnateur est bien souvent le prêtre ou le diacre qui va célébrer le mariage. Mais ça peut être un accompagnateur. Je rêve que chaque couple puisse être accompagné d’un couple parrain tout au long de son chemin. Quand j’étais curé, je donnais un couple parrain à chaque couple. J’ai revu des couples par hasard 10 ou 15 ans après, et ils m’ont dit qu’ils avaient gardé contact avec leurs parrains.

Vous parlez beaucoup des laïcs. La parole du couple qui a vécu des difficultés est-elle plus pertinente que celle du prêtre, qui pourtant accompagne les personnes en difficultés ?

Le prêtre a un regard extérieur. Son travail, son expérience de prêtre ou de diacre, c’est de contempler l’action de l’esprit saint dans la vie du couple. Le prêtre invoque l’Esprit-Saint au cours de la bénédiction nuptiale. S’il en a vu la trace dans la vie du couple, combien sera plus ardente sa prière pour que l’action de l’Esprit-Saint se poursuive dans ce couple.

Cela parait très théorique. Je suppose que les couples qui se préparent aujourd’hui a mariage sont en quête de recettes de longévité. Ils vont être plus intéressés par des témoignages de couples qui ont surmonté des difficultés non ?

C’est bien ce que je dis. Mais il leur faudra relire ce que ce témoignage leur a fait. Je demandais à un prêtre quels étaient les effets de cette journée sur les couples, il a répondu que cette journée marque les couples de manière exceptionnelle. Donc le prêtre va pouvoir relire avec eux ce qu’ils s’est passé, ce qu’ils ont entendu. Il y a quelque chose de l’esprit-saint qui les a travaillés d’une certaine façon.

Les 4 piliers du mariage, liberté, indissolubilité, fécondité et fidélité sont-ils des notions trop abstraites, trop théologiques pour les futurs mariés de 2019 ?

Vous savez quel est le pilier le plus fragile ? C’est la liberté ! Si l’un des deux conjoints commence à se dire « si je dis cela, fais cela… je risque de le perdre » alors il n’est plus libre. Ce manque de liberté se vérifiera dans les années qui suivre. Si les difficultés ne s’expriment pas avant, alors il y a un manque de liberté.

Les témoignages concrets des couples qui ont éprouvé les 4 piliers du mariage sont plus pertinents qu’un cours théologique sur ces mêmes piliers ?

La préparation au mariage, c’est du concret ! Je me souviens d’une expérience malheureuse vécue par une de mes nièces. A l’issue du premier entretien de deux heures avec le prêtre qui devait les préparer au mariage, le garçon a quitté ma nièce. Cela a été d’autant plus douloureux qu’ils vivaient déjà ensemble. C’est que ce prêtre a fait son travail ! Il les a mis devant les réalités concrètes de l’engagement qu’ils allaient prendre. On en voit d’autres qui renoncent à se marier à l’Église et se marient uniquement à la mairie.

Vous arrive-t-il encore de célébrer des mariages Mgr Dufour ?

Un curé du diocèse a dit un jour « il faudrait que Mgr Dufour vive 48h dans un paroisse ». J’ai animé une réunion de préparation au baptême pour les parents des bébés baptisés, le soir même j’ai rencontré un couple dont j’allais célébrer le mariage le lendemain. Sinon c’est dans ma famille. J’ai 25 neveux et nièces. Chaque année, un ou deux d’entre eux se lancent.

Quels conseils donnez-vous aux futurs mariés que vous accompagnez ?

D’abord, mon travail consiste à donner sens. L’union d’un homme et d’une femme est extraordinaire. Donc il faut leur faire comprendre que cela n’est pas banal. Le premier conseil que je donne, c’est apprendre à se pardonner, à s’offrir le pardon, à demander le pardon.

Ces témoignages ont insisté sur la prière de couple pour laisser une place à Dieu et ainsi surmonter les difficultés. Les témoignages entendus à Arles correspondent plutôt à des témoignages de foi : comment Dieu accompagne-t-il chaque croyant dans sa vie quotidienne et ses difficultés ? Mgr Dufour, la préparation au mariage vise-t-elle à faire de la première évangélisation, donc à annoncer la Bonne Nouvelle, que Jésus fils de Dieu a sauvé les hommes de la mort et du péché ?

Le meilleur que nous avons à offrir à ces couples qui demandent à se marier devant Dieu, c’est le Christ. C’est qu’ils accueillent le Christ dans leur histoire. Ce n’est pas une abstraction, c’est quelqu’un. Pendant ces journées des fiancés, on ne fait pas de théories, on le vit. Le matin, ils sont timides puis ils se dérident. Et le soir, ils s’avancent et je les bénis. Il y a les armes qui coulent. Cette bénédiction, c’est quelqu’un qui vient habiter avec eux. Ils ont fait l’expérience concrète.

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